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Virus. Pour qui sonnera le glas ?

Virus. Pour qui sonnera le glas ?

Je vais vous faire un aveu. J'ai des difficultés à suivre les acrobaties intellectuelles de nos stratèges politico-sanitaires pour justifier leurs décisions relatives à la guerre mondiale du virus.

Les attendus des discours sont changeants. La logique est versatile. Les démonstrations sont embrouillées. Les arguments ne sont guère convaincants. Les prescriptions sont impératives comme des ordonnances politiques et intelligibles comme des ordonnances médicales.

Tout eût été plus clair, si ceux qui eurent chez-nous quelque responsabilité eussent d'emblée avoué leurs fautes contre le principe de précaution, leurs mauvaises appréciations budgétaires, leurs erreurs de jugement par lesquelles ils ont démuni le pays de l'essentiel des armes nécessaires pour combattre les fièvres erratiques de la nature.

Tout est devenu si difficile ! Nous vivons en des temps et sous la coupe de gens qui n'aiment guère se battre la coulpe. « Sauf erreur, je ne me trompe jamais » persiflerait Pierre Dac.

Que d'autres se soient trompés ne saurait être une excuse pour ceux qui prétendent être héritiers, conservateurs et dispensateurs des lumières.

La pénurie de matériels médicaux peut certes avoir des causes anciennes. Elle ne pas être entièrement imputable aux actuels gestionnaires. Toutefois les différentes déclarations successives relatives aux masques et à leur logistique ont eu un effet désastreux sur l'image de notre système de santé.

Les masques étant trop peu nombreux on a d'abord déclaré qu'ils n'étaient pas appropriés et seraient réservés aux seuls soignants appartenant aux corps médicaux qui allaient devoir patienter.

Des médecins et des infirmières payèrent et paient encore de leur vie ces lacunes.

Sans que cela ait été explicitement annoncé les auxiliaires de vie exerçant à domicile furent exclues de la distribution alors qu'elles sont de fait soumises aux mêmes risques que les infirmières et exposent sensiblement aux mêmes risques les patients, malades impotents ou âgés dont elles ont la charge.

Les associations et sociétés qui les emploient et les délèguent, ne disposaient pas de masques et ignoraient comment en serait faite la mise disposition.

Les pharmaciens n'étaient crédités que de la réserve officielle. Ils renvoyaient au médecin traitant pour qu'il assure le rôle de prescripteur-pourvoyeur. Le médecin traitant n'avait ni masque ni l'intention d'en distribuer.

Tout membre aidant de la famille de l'aidé à domicile a toujours et est encore exclu de toute distribution et de toute commercialisation de masques. Son pharmacien lui déclare que le médecin traitant lui prescrira l'usage de masques en cas de maladie dûment constatée. Voila donc un article, dont la vocation est toute de prévention, devenu une exclusivité de la chaîne de traitement curatif. Il est pourtant réputé ne pas servir à grand-chose. À Paris mais non à Séoul.

Il est grand temps de délivrer la logique sur ordonnance !

Et voici que l'une des voix les plus écoutées nous suggère de fabriquer nos masques nous-mêmes. Autant que de besoin. Entre deux toilettes...

Pour vivre heureux vivons cachés. La profession d'avenir, c'est le masketing !

Il a fallu plusieurs mois pour que les risques des soins à domicile soient reconnus. Nul ne sait quand ni par qui ils seront effectivement satisfaits.

Et nul ne sait pour qui, demain, sonnera le glas.

 

Pierre Auguste

Le 8 avril 2020



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