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Vingt-et-une leçons. Mais pour qui ?

Vingt-et-une leçons. Mais pour qui ?

 

On m'a offert un grand livre pour Noël. Les cadeaux culturels sont toujours mes préférés. Le titre en est « 21 leçons pour le XXIe siècle ». Par l'auteur du best-seller Sapiens. Yuval Noah Harari.

Fichtre ! Le titre est un peu osé en ce siècle où personne ne veut recevoir de leçons et où tout le monde veut en donner. Mais je suis d'une génération qui estime encore que toute leçon est bonne à prendre à condition qu'elle soit appropriée.

Comme on dit pour « faire jeune », je vais bientôt avoir « quatre-vingt-sept ballets». Pour apprendre à vivre et à penser je n'ai donc pu attendre que me soient livrées ces leçons des jeunots d'aujourd'hui qui veulent refaire le monde. Ce livre n'était sans doute pas à moi destiné. Je n'ai pas perdu de temps car je sais que Chronos ne lambinasse pas. J'ai déjà lu les pages de couverture ! Et même les trente-deux premières pages. J'en ai cependant assez lu pour faire quelques remarques que je vous livre, frais de port offerts, comme on dit aujourd'hui dans l'e-commerce offensif.

La suite alimentera peut-être quelques-unes de ces hebdomadaires chroniques anachroniques que je produis depuis quinze ans, en pensant à ceux qui galèrent pour trouver du travail ou du personnel.

La première remarque que je ferai concernera l'état d'esprit de l'éditeur. N'avoue-t-il pas implicitement dès la première ligne de la première page de couverture qu'il faut être célèbre pour être édité, qu'il faut avoir un nom exotique pour être célèbre ?

Passons . Et ouvrons l’œil sur le fond.

Après avoir récusé toutes les doctrines politiques que des fractions de l'humanité se sont éreintées à essayer, l'auteur exprime le besoin pressant de produire un autre « récit » par les lumières duquel les intellectuels éclaireront le monde.

Bigre ! Après les ténèbres, voilà l'éblouissement !

J'avoue que cette idée de récit ne me plaît guère et me semble inappropriée. L'humanité est trop diverse pour être assimilée à un unique personnage littéraire. Son évolution est la résultante d'une infinité de dynamiques personnelles, soumises au libre arbitre de chaque individu, que nulle doctrine ne peut toutes annihiler.

On peut certes enrichir et transmettre des éléments de culture par des citations. Mais la pensée ne se suffit pas de récitation.

Aussi, comme le montre l'actualité, ne faut-il pas s'étonner que le peuple finisse par se lasser des histoires qu'on lui raconte !

La deuxième leçon qui nous est proposée concerne le travail qui est en forte évolution, tant dans ses contenus que dans ses méthodes.

Le travail est essentiel à la société pour que chacun se rende utile à ses semblables et puisse trouver ou se créer des moyens d'existence. Le travail doit toutefois être précédé par l'enseignement et la formation qu'il serait simpliste de ne considérer que dans leur aspect utilitaire.

Sans préjuger de son contenu, que je n'ai pas encore lu, il me semble que cette deuxième leçon devrait, être préparée par quelques considérations générales sur les finalités de l'enseignement. La préparation au travail est certes essentielle mais il serait dommageable à la société et à l'individu d'oublier que la recherche et la connaissance portent en elles leurs propres finalités. Il s'agit aussi de former le citoyen et d'élever l'homme en lui donnant le goût de la culture générale. Et il faut enfin se souvenir que c'est tout un travail de former...des enseignants.

Je suis curieux de savoir ce que notre auteur propose de neuf pour réaliser ce vaste programme. Et j'attends surtout que l'on nous dise qui doit faire quoi en ce monde compliqué.

À demain les affaires !

 

Pierre Auguste

Le 9 janvier 2019

 

 

 

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