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Vingt-et-une leçons. L'égalité

Vingt-et-une leçons. L'égalité

 Yuval Noah Harari veut édifier les enfants du siècle. Il clôt sur le thème de l'égalité la première partie de son ouvrage didactique consacrée au défi technique.

 Moi qui suis plutôt un enfant du siècle précédent, je vis résolument dans ce siècle vingt-et-un qui a déjà presque consumé vingt pour cent de son potentiel et gagne de vitesse les prévisionnistes. Les premiers enfants du siècle ont été privés de la bonne parole du maître. Voilà déjà une génération sacrifiée, encore victime d'une grave et irréductible inégalité.

 Quiconque est quelque peu technicien trouvera que les prévisions faites à la face du monde manquent de précision.

Les actions économiques s'appuient sur des données partielles et des synthèses inappropriées, souvent non précédées d'analyses. Il semble s'agir là d'un héritage de cette intelligentzia Russe « faite de membres de professions libérales, de professeurs et de hauts fonctionnaires,qui prétendait être le moteur de l'histoire , militait pour des réformes politico-sociales et visait souvent à conquérir le pouvoir. »

 Deux conceptions de la société continuent à s'opposer au niveau mondial. Tous les acteurs donnent le primat à l économie pour créer et répartir des richesses. Pour développer l'économie, les uns comptent sur le dirigisme et l'action collective, les autres sur le libéralisme et l'initiative individuelle. Les uns veulent privilégier la demande pour satisfaire les besoins, les autres veulent privilégier l'offre pour susciter les besoins.

 C'est un peu comme débattre de la traction d'un train attelé à deux locomotives, pour savoir si la première tire la seconde ou si la seconde pousse la première. Mieux que le politicien et l'économiste, le mécanicien vous expliquera les mystères de l'alternance !

La crainte souvent exprimée est que la concentration des données en quelques mains mette à mal le commerce  et la publicité, prive de moyens d'existence les gens exclus de toute connexion sur l'information et finalement scinde l'humanité en deux fractions économiquement et culturellement inégales.

 Le risque existe. Mais toute activité future ne sera pas forcément tributaire de l'évolution des techniques et inaccessible au peuple. Les techniques nouvelles ne détruisent pas toujours toutes celles qui sont remplacées et le peuple a des capacités d'adaptation qu'il ne faut pas sous-estimer

J'ai bien connu la génération de mes parents, nés à la fin de l'année 1898 dans de lointaines campagnes où l'on vivait à peu près comme au moyen âge. Ils ont vu arriver l'adduction d'eau, l'électricité, le train, l'automobile, l'avion, la radio, les équipements ménagers, la télévision. Ils ont même vu l'homme poser le pied sur la lune et eu connaissance des premiers pas de l'informatique. Tout les a émerveillés. Ils ont tout admis et leur descendance a su trouver place dans cette formidable évolution intervenue dans une période qui a connu deux guerres mondiales.

 Il pourrait être tentant, mais il serait vain, de comparer les conditions de vie du siècle éteint et celles du siècle commençant. Et il serait hasardeux de projeter sur la vie nationale des suppositions faites pour le niveau mondial. Après avoir vécu dans le temps de l'endurance, la société vit aujourd'hui le temps de l'impatience. Après avoir reçu la promesse que tout serait fait en même temps, certains renâclent pour entrer dans les débats par lesquels il eût fallu commencer.

 Un adage circulait aux temps premiers de l'informatique  : « Garbage, in garbage ou »(Si dans un ordinateur on entre des ordures, on n'en sortira que des ordures.) On ne voit pas pourquoi les Big Data échapperaient à la règle. On voit mal comment cette boulimie pourrait les exonérer d'un pointilleux contrôle de la validité et de la sincérité du déluge de toutes les informations produites, échangées, vendues et stockées, partout et sur tout, en un monde en folie. Big Data, c'est encore mieux que Docteur Folamour. Gardons-nous des chimères.

 Tous les algorithmes qui sortiront du cerveau des hommes ne sauraient avoir des effets physiques de toutes natures, de toutes ampleurs et d'excellente fiabilité.

 Le tri de l'information a un bel avenir devant lui. À commencer par le tri des attentes de nos gilets vraiment jaunes pour lesquels nous avons tous quelque sympathie.

 L'ouverture des esprits et l'ouverture des réseaux ne suffiront pas à l'humanité en son entier pour maîtriser son évolution et puisse trouver, ou produire, les moyens de son existence. Il faudra aussi que la société, et que tout individu consentent un formidable effort d'acquisition dans les domaine de la culture générale, de l'information et de la formation .

 Les jeunes gens doivent commencer par apprendre que les inégalités ont la vie dure, que l'égalité sera toujours à construire et que c'est à chacun d'en être le bâtisseur.

 Pierre Auguste

Le 23 Janvier2019

 

 

 



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