Enligne : Editos

Vingt-et-une leçons. Le travail.

Vingt-et-une leçons. Le travail.

 

Yuval Noah Harari a raison de nous interpeller sur le travail. Mais je ne vois pas bien à qui et à quoi pourra servir sa deuxième et courte leçon.

S'agit-il du travail en général , du travail-loisir de l'honnête homme d'antan, du travail indépendant, du travail salarié , du travail clandestin, du travail servile ? Chacun sait que le travail est multiforme et évolue depuis la nuit des temps. En distinguer, en dénombrer, en décrire et en stabiliser les statuts devient toujours plus difficile.

Partager les sciences et techniques de demain entre l'infotech et la biotech est terriblement réducteur car aucune pratique ne remplace jamais tout à fait celles qui l'ont précédée. Et il faudra toujours pourvoir aux plus élémentaires besoins de la vie.

Certes l'intelligence artificielle va profondément modifier les outils de travail. Malgré son importance, elle doit prendre rang dans la longue liste des machineries qui ont fait progresser l'humanité. Du manche du marteau à la fusée interplanétaire en passant par le clou, le coin, la poulie, la roue, le joug, le collier et le moteur à explosion, c'est une belle galerie d'inventions qui illustre la créativité de l'homme.

Chaque progrès a ses laudateurs et ses contempteurs. Et il se trouve toujours quelque corporation pour y voir une menace pour sa survie.

Tel fut le cas au dix-neuvième siècle pour les ouvriers du textile lorsque se mécanisa leur production. Tel fut le cas vers le milieu du vingtième siècle lorsque les dockers jetèrent à la mer les matériels de manutention.

 Le livre de YNH fait une large place à la montée des bases de données. Il donne de belles perspectives aux moyens de transport autonomes plus sûrs que tous les engins pilotés par l'homme. Il les voit s'intégrer dans de vastes et savants systèmes bien contrôlés et facilement mis à jour.

Il en est de même pour les bases de données médicales, à leur ouverture générale et à l'intelligence artificielle associée. Il n'y va pas de main morte.Il y voit la menace de disparition du corps médical et sa substitution par des consultations universelles de quelques spécialistes informés de toutes les pathologies et de tous les traitements.

Quelques pages après il remarque avec raison ce que tout le monde sait : induits par les besoins nouveaux, d'autres emplois naissent, plus qualifiés, souvent plus nombreux, mais il devient plus difficile de les pourvoir en raison des délais de mise en œuvre de nouvelles formations. Les prévisions de l'historien sont parfois empreintes de repentirs mais aussi d'une bien singulière volonté d'anticipation apparentée à de la science fiction.

Quand on prend de l'âge on ne se souvient pas toujours de ce que l'on a écrit. Aussi est-il prudent de varier l'expression pour laisser des portes ouvertes à la discussion, au présent ultérieur ...et à l'histoire future.

C'est ainsi que nous est annoncée l'existence potentielle d'une base de données musicales qui disposerait de capteurs capable de détecter nos états d'âme et nos humeurs. Elle nous brancherait automatiquement sur l'enregistrement correspondant à nos attentes et à nos besoins émotionnels du moment.

Mamma mia ! En ce monde de brutes, voilà enfin le retour du maternage ! Il va falloir que je réapprenne à sucer mon pouce.

Comme je l'ai écrit ici à propos des grands systèmes de transmission, l'intelligence artificielle ne saurait éradiquer la bêtise naturelle. Qu'elle soit individuelle ou collective, elle est encore promise à un bel avenir.

En trente ans d'utilisation nous avons vu se dégrader peu à peu la pertinence des moteurs de recherche. Leur pollution, par des considération financières et commerciales, brouille les recherches culturelles et augure mal de la qualité et de la fiabilité des algorithmes de l'intelligence artificielle qui ne seront sans doute pas épargnés par les dérives de la routine ni par les attaques de la malfaisance plus ou moins consciente et organisée.

L'honnête homme du XXI è siècle devra s'attacher à maintenir quelques-uns de ses neurones et quelques-unes de ses synapses en état de veille et de bon fonctionnement. Il y a du travail en perspective pour les vigiles de l'esprit et pour les restaurateurs des performances mentales.

Après avoir fait ces quelques remarques, je ne me risquerai pas à énumérer ce qu'il manque à cette leçon sur le travail. Ce serait se poser en donneur de leçons aux donneurs de leçons.

C'est désormais à chacun de chercher comment être utile aux autres et recevoir en retour les moyens de son existence. Le temps est sans doute venu de faire travail de son hobby, ou hobby de son travail.

 

Pierre Auguste

Le 16 janvier 2019

 

 

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