Enligne : Editos

Vingt-et-une leçons. Humilité

 

 

Cet ouvrage de Yuval Noah Harari met bien vite le mot humilité à l'esprit. Et d'abord par son titre.

 Donner vingt et une leçons à l'humanité entière pour zéro virgule huit siècle paraît un peu osé. Après avoir jeté un coup d’œil sur la table des matières j'ai évité de m'appesantir sur ce sujet en attendant le moment voulu par l'auteur.


 

 Je dirai d'emblée, humblement, que pour la question de l'humilité je ne crains personne.

 J'ai retenu des leçons de la vie, qui sont souvent les seules qui vaillent, que l'humilité et son compère l'orgueil sont vertu ou vice selon l'usage qu'on en fait. Et tant que mon souffle court voudra bien oxygéner mes quelques neurones encore en état de bon fonctionnement, je surveillerai, du coin de mon meilleur œil, l'usage que fera l'humanité des leçons de Yuval Noah Harari.

 Moi qui prends grand soin de les zapper, je dois dire que je suis un peu surpris par la fréquence du retour des religions dans les leçons du maître.

Il me semble en effet que ce n'est pas très apaisant de remémorer sans cesse les sujets de division de l'humanité.

 Quand je parle d'humilité je pense un peu à la mienne mais aussi à celle de chaque individu quel que soit son « rang » dans la société.

 En bon exégète universel, Yuval pense surtout à l'humilité collective et notamment à celle des religions et des ethnies qu'il prend plaisir, à énumérer, à dénombrer, à comparer, à classer. Bref, tout ce qu'il faut pour me plaire ! On peut y passer sa vie.

 Comme me l'a appris un de mes maîtres, « écrire, c'est dire quelque chose à quelqu'un ». Il semble que cette douzième leçon soit destinée à une certaine religion et à une certaine ethnie qu'il reconnaît pour siennes et que je laisse au lecteur le soin de découvrir. J'ai décidé de n'en nommer aucune pour ne pas accrocher à mes basques les contestations de tous les religieux de la terre et de tous les originaires de quelque part.

 Il faudra au lecteur l'équivalent d'au moins une année universitaire pour apprendre cette douzième leçon tant elle est riche d'informations.

 Vous y apprendrez que chaque religion tend à s'attribuer la primauté et les mérites de certaines inventions de vertus,qui seraient à mettre au crédit d'une autre ou même d'aucune autre.

Ce serait notamment le cas de l'humilité. Elle relève de l'éthique que des animaux tels que les loups et les chimpanzés l'ont pratiquée bien avant l'apparition de l'humanité.

 Il vous faudra méditer longtemps pour faire le tour de l'humilité tant elle est diluée dans le vaste univers et tant elle exige de volonté et d'obstination pour survivre.

 YNH termine sa leçon en suggérant, avec juste raison, que le manque d'humilité peut avoir des excuses. Il en donne à son ethnie en faisant appel à une brève statistique relative au prix Nobel. Laissant mon esprit taquin prendre le dessus, je dirai que ce célèbre prix me fait penser à la recette du picon-citron-curaçao mise par Pagnol dans la bouche de son César. Un tiers de curaçao, un tiers de picon et un grand tiers d'eau.

 L'attribution du prix Nobel semble bien être le résultat, d'un quart d'intelligence, un quart d'intuition, un quart d'innovation, un quart de travail et un grand quart de « faire-savoir ». Je ne veux pas ouvrir le débat sur la grandeur des quarts, surtout quand ils sont cinq et quand d'aucuns voudraient y en ajouter un sixième qui serait la religiosité.

J'attendais que cette leçon m'explique ce paradoxe que j'ai maintes fois observé : En bonne logique, rien ne devrait pouvoir humilier un authentique humble et pourtant le nombre d'humiliés ne cesse de croître. Et pourquoi de nos jours tant de gens passent tant de temps à les compter ? Notamment le samedi. Cherchez l'erreur !

 Il y aurait là un beau sujet pour les concours d'accès à nos plus prestigieuses grandes écoles et grandes administrations.

 Ce pourrait être une occasion de bien mettre aux lauréats les pieds sur terre en rappelant que, par l’étymologie, l'humilité prend racine dans l'humus.

 Lequel sait que l'humus inspira sans doute la première religion de la terre et les rites de l'inhumation des morts, qu'il fallut attendre la découverte des applications du feu pour penser à leur crémation ?

 Lequel est conscient que l'écologie est une repousse et que l'écologie politique tend à en faire une nouvelle religion ?

 

Pierre Auguste

Le 20 mars 2019

 

 

 


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