Enligne : Editos

Vingt-et-une leçons. Éducation

 

 

Quand on ouvre la rubrique « éducation », on ne sait jamais ce qui va en sortir. Chacun en a sa définition, ses contenus, ses pratiques.

C'est d'abord une floraison des appellations dans des structures à vocation pourtant globalisante.

 Nous avons chez-nous un ministère de l'Éducation Nationale. Son personnel veut se limiter à l'enseignement et laisser l'éducation aux bons soins des familles. Les entreprises attendent des Institutions qu'elles leur « fournissent », en temps voulu, des personnels compétents, prêts à l'emploi ayant spécialement reçu une formation pour toutes leurs activités. La cité appelle à la formation et à l'éducation du citoyen.

 Pour parfaire l'édifice, il faut se souvenir que l'on ne peut, faire d'éducation physique sans le ministère des sports, développer la culture et dispenser l'enseignement supérieur et l'enseignement agricole sans les ministères éponymes.


 

 Il ne faut donc pas s'étonner qu'un parcours du tour du monde des leçons pour le siècle ne soit ni orthodromique, ni loxodromique et coupe souvent dans les virages.

 Je dois dire qu'en lisant les dix pages de cette dix-neuvième leçon de Yuval Noah Harari, j'ai senti comme un parfum composé d'académisme et d'école buissonnière. J'ai aussi trouvé un début de réponse à la question de savoir pour qui il écrit

 J'en vois un indice dans ce petit extrait de ses projections prévisionnelles.

 Après avoir évoqué le Manifeste de 1848 dans lequel Marx et Engels déclarent que « tout ce qui est solide se volatilise », il enfonce coins et clous en annonçant avec son unité de temps favorite ce qu'il advient en ce siècle : En 2048, les gens pourraient bien devoir faire face à des « migrations dans le cyberespace, avec des identités sexuelles fluides et de nouvelles expériences sensorielles produites par des implants électroniques. »

Voilà prévenus les informaticiens, les médecins, les ingénieurs, les artificiers, les spécialistes, de l'intelligence artificielle, les amateurs de paradis artificiels, les travailleurs du sexe. Ce siècle sera sous le feu d'artifice permanent ! Ou sous l'éteignoir du chômage !

 Ce petit morceau de bravoure sociétale confirme que la sexualité ne perd pas une occasion de se montrer dans les élans pédagogiques de notre auteur. Il s'agit sans doute là d'un encouragement pour ces humains qui eussent préféré naître escargots.

 Voici aussi prévenus tous ces êtres, d'un autre âge et de tous sexes, qui ne voient pas l'intérêt de la fluidité et s'accommodent d'une certaine« roideur » Ils devront batailler pour que le législateur, dans sa légendaire « grande sagesse » normalisatrice, ne rende pas obligatoires ces pratiques exploratoires tantôt concertantes, souvent déconcertantes.

 Plus j'avance dans la lecture de ses leçons, plus Yuval m'étonne par ses variations. Il est plus prudent qu'un serpent. Il vous insinue dans les hautes herbes. Il vous assène une proposition qui vous paraît contestable. Quelques lignes, quelques pages ou quelques leçons plus loin, il fait une reptation arrière pour vous dire que la « vérité » sera peut-être tout autre. Au titre du principe de précaution, il renouvelle l'art de la littérature non-engagée pour désarmer d'avance toute critique. Il condamne ainsi le lecteur à toujours reprendre sa lecture. Mais le stratagème s'accommode mal d'une critique au fil de l'eau du lecteur qui n'aime pas qu'on le promène entre des sujets entremêlés et qu'on lui instille séparément les  vérités et leurs antinomies, les thèses et les antithèses.

 J'ai pour principe de ne donner ni conseils, ni leçons. J'estime en effet que chacun doit rester maître de son intellect, conduire sa vie, assumer la responsabilité de ses actes. Je donne toutefois des avis, volontiers quand on me les demande, et avec un plaisir taquin quand on ne me les demande pas.

 Depuis plus de 15 ans, je cherche à être utile aux individus qui galèrent pour trouver un emploi et aux entreprises qui galèrent pour trouver du personnel. La pratique de responsabilités, à différents niveaux, dans les domaines des hautes technologie, de la gestion opérationnelle du matériel, de la définition des spécialités, du recrutement, de la formation du personnel, autorise à formuler avis et propositions pour les responsables de notre chaos actuel.

 À mon humble avis, les contraintes et les lois du genre finiront par imposer nombre de mes constats, prévisions et avis sur l'éducation, l'enseignement, la formation professionnelle, l'apprentissage.

 Ces rubriques sont toujours libres d'accès sur Internet. J'y fais des remarques et des suggestions concrètes, parfois iconoclastes, inspirées par l'expérience de l'action, étayées par des idées générales, en serrant, une à une et au plus près, les réalités et les évolutions inéluctables. Je ne veux pas les résumer ni les répéter ici.

 Je rappellerai toutefois quelques faits majeurs mettant désormais les systèmes d'enseignement étatiques hors de possibilité de pourvoir à tous les besoins. L'expansion des savoirs, la complexité des savoir-faire, la division du travail, la spécialisation, la nécessité de rendre utile tout individu afin qu'il puisse assumer sa subsistance, appellent une autre répartition des tâches d'enseignement, de formation, de recyclage, de recrutement, ainsi que de nouvelles structures.

 L'état doit apprendre à déléguer des missions. Les entreprises doivent se se pourvoir des structures et des moyens propres à satisfaire leurs besoins spécifiques en personnel et dispenser les enseignement qui leur seront déléguées.

 Le siècle n'est pas une unité de temps appropriée pour assouvir les faims et les ambitions pressantes.

 

Pierre Auguste

Le 1er mai 2019

 

 

 


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