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Universelle rêverie

UNIVERSELLE RÊVERIE

Ils sont tous devenus fous. Nul pays, nul parti n’y échappe. L’idée dormait dans des grimoires. Pour briller au firmament politique les ambitieux agréent ce dernier avatar de l’extinction de l’inextinguible paupérisme. Le revenu universel est revenu. Désormais il hante et enflamme les bons esprits. Même l’Homo faber républicain est touché par cette grâce dont nul ne sait si elle sera efficace. *

Le débat sera sans doute comme on les aime car il commence dans la confusion. D’abord dans celle du vocabulaire. Les uns parlent de revenu, d’autres d’allocation, d’autres encore y voient un salaire en oubliant l’étymologie du mot qui a successivement désigné une dotation en sel des soldats romains, la solde des militaires et finalement la rémunération d’un travail. Arguments et arguties ne manqueront pas de sel.

Des appointements au traitement en passant par les dégrèvements, bien d’autres appellations sont possibles. Notre société de compassion ne tardera pas à ajouter à cette prestation une indemnité pour nous « consoler de vivre » !

Au-delà de la terminologie, le débat se compliquera quand on définira les détails de la finalité, du montant, des modalités de distribution et du financement de cette manne. 

Nul n’est besoin d’être un grand devin pour prévoir que, comme toujours, vont vite s’affronter dans leur combat éternel deux conceptions de l’homme et de la société : Individualisme contre collectivisme, Voltaire contre Rousseau, David contre Goliath…

•À ma gauche le poids lourd de la collectivité avec son cortège de supporters inhibiteurs (Dirigisme ; autoritarisme ; égalitarisme ; mépris, effacement et mise en curatelle de l’individu ; irresponsabilité ; démotivation ; course à l’endettement ; hyper fiscalité ; stagnation ; déclin ; appauvrissement, relégation…)

• À ma droite le poids plume de l’individu, seul contre tous, mais avec des vertus rapidement mobilisables, des armes et techniques de combat renouvelables. (Perception directe des réalités ; initiative ; réactivité ; autonomie des décisions et des actions ; responsabilité ; motivation…)

Certes il ne viendrait à l’idée de personne d’affronter seul une équipe de rugby. Oui, chaque individu doit une part de sa réussite, de son efficacité et de son équilibre à la société organisée. Mais quiconque a un peu vécu sait que même dans le cadre collectif on doit toujours plus aux individus eux-mêmes qu’aux fonctions qu’ils exercent es qualité.

Oui la société doit prendre en charge les faibles, les inaptes, les relégués qui ne sont pas en état de subvenir à leurs besoins. Mais ceux qui veulent octroyer sans contrepartie un revenu à tous les citoyens semblent ou veulent méconnaître tant la diversité des ressorts intimes de la « machinerie » humaine que les limites et les dérives de la « systémique » collective. C’est prendre un grand risque social de mettre en quelque sorte hors circuit la famille, qui est le premier niveau de la responsabilité collective et de la solidarité.

C’est la tare mignonne du collectivisme de vouloir, sous couvert d’intégrisme égalitaire, tout régenter et détruire la famille en l’excluant de toute prérogative.

Déjà s’élèvent des voix pour proposer la mise sous condition de ressources ce fameux revenu universel. Universalité où es tu ? Universaliste entends-tu ?

Déjà le secrétaire d’état au budget fait la sourde oreille. Le pauvre ! Tout mathématicien qu’il soit, il y perd son alpha et son oméga et n’y trouve que des epsilons. Il est condamné à creuser le puits sans fond de la dette. Il voudrait bien mettre fin à son voyage vers le centre de la terre pour venir respirer en surface.

Cette proposition de revenu universel est sans doute une ruse des rêveurs de l’économisme et du pédagogisme pour fourguer aux fiscalistes les problèmes d’emploi et de formation irrésolus. Mais leur malheur a voulu que nous vivions dans une société de répartition et de nivellement. La fiscalité y a atteint un niveau tel qu’elle est devenue partie prenante essentielle de l’économie et est désormais instituée en soviet suprême.

Rappelons au futur citoyen ce conseil de Friedrich Nietzsche (1844-1900) :« Deviens qui tu es ». Mais pour mener à bien ce grand œuvre il vaut mieux compter sur soi et sur sa famille que sur l’immensité collective.

Pierre Auguste
Le 14 septembre 2016

*Cf. Proposition martelée par le député Frédéric Lefebvre qui, comme son nom l’indique, eut sans doute sans le savoir, un ancêtre forgeron sachant ce que travailler veut dire.



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