Enligne : Editos

Un certain petit livre rouge.

 

 

On a attribué à Jacques Chirac cette vigoureuse formule devenue célèbre :

« Quand on me parle de culture, je sors mon pistolet. »

À chacun son sujet. À chacun son arme. À chaque génération son langage.

Quand certains mettent leur sabre au clair, ce n'est pas toujours pour rendre des honneurs ou pour faire des moulinets. Il existe encore des experts de l'estoc et de la taille. Par le verbe.


 

 Il m'est récemment tombé sous la main un petit livre qui me fut offert il y a longtemps et que je n'avais pas encore lu. Il n'est jamais trop tard pour bien faire. J'en recommande la lecture. Tout nous paraît nouveau en notre monde désordonné et pourtant il n'y a rien de nouveau sous le soleil.

 Il ne s'agit pas du manifeste du parti communiste, ni du petit livre rouge de Mao Tsé-toung, ni du petit livre vert de l'Ayatollah Khomeiny. Je veux simplement attirer l'attention sur le petit livre rouge par lequel Pierre Bourdieu a publié deux de ses leçons données au Collège de France ( Liber éditions septième édition dépôt légal de 1996.)

La biographie de Pierre Bourdieu (1930-2002) me confirme dans l'idée que l'ascenseur social est une idée fausse partagée par les gens établis qui croient suffisant d'appuyer sur un bouton pour satisfaire leurs désirs.

Personne n'ose dire à l'être humain normalement dé-constitué que l'ascension sociale passe par des escaliers dont il faut choisir l'entrée avec intelligence et qu'il faut gravir avec détermination à la force des jarrets.

Le processus est souvent initié par une mère consciente de l'intérêt de l'instruction, orienté par quelque instituteur détecteur de talents, poursuivi par par une succession de professeur exigeants, finalisé par quelque grand professionnel.

C'est par ces hasards organisés que Pierre Bourdieu, fils d'un modeste agriculteur du Béarn fut admis à l'École Normale supérieure. Et y fut suivi par ses trois fils ! Et il se trouve aujourd'hui des débiles pour vouloir casser ce genre de filiation. Mais la sortie du marasme national ne saurait « reposer » sur la médiocrité de la culture et sur la culture de la médiocrité.

Par ces deux leçons, Pierre Bourdieu interpelle les élites et met au jour les collusions entre tous les « champs » de la société. Son indépendance d'esprit et ses exigences éthiques l'ont même fait accuser de trahison de ses appartenances.

Je réserve quelques sévères contradictions à ces bonnes âmes d'élite qui, sous couvert d'égalité des chances, voudraient traficoter les concours par des considérations sociales, ethniques, ou de genres. Un concours doit rester un concours. L'excellence a besoin d'authentification. Et Il y a diverses façons de la reconnaître et de recruter.

Il est hors de question de résumer ici le petit livre de Pierre Bourdieu « Sur la télévision suivi de L'emprise du journalisme. » Il ne compte que 94 pages en un format de 11X17,4 cm.

Je préfère laisser au lecteur le plaisir de la relecture ou de la découverte. Je me bornerai à rappeler ici in extenso la présentation de l'ouvrage sur la quatrième page de la couverture.

« Ces deux cours télévisés du

Collège de France, présentent, sous une forme

claire et synthétique, les acquis de la

recherche sur la télévision. Le premier

démonte les mécanismes de la censure

invisible qui s'exerce sur le petit écran

et livre quelques-uns des secrets

de fabrication de ces artefacts que sont

les images et les discours de télévision.

Le second explique comment la télévision,

qui domine le monde du journalisme,

a profondément altéré le fonctionnement

d'univers aussi différents que ceux de

l'art, de la littérature, de la philosophie

ou de la politique, et même de la justice

et de la science ; cela en y introduisant

la logique de l'audimat, c'est à dire

de la soumission démagogique

aux exigences du plébiscite commercial. »

 

Les grèves de 1995 hantent ce livre.

Les grèves d'aujourd'hui y sont tout entières.

Mais comme tout se numérise et devient plus compliqué, il semble bien que nous soyons entrés dans une ère de création d'empires dans les états et à une pénétration des états par des empires commerciaux ou financiers.

Le peuple est vainement appelé à suivre comme un seul homme.

Et les outrecuidants médicastres qui nous dirigent s'étonnent de voir naître, se propager et résister comme un virus, la révolte des gueux.

 

Pierre Auguste

Le 15 janvier

 

 

 


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