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Syndromes de la polypolarité politique

SYNDROMES DE LA POLYPOLARITÉ POLITIQUE

L’homme est un animal politique. C’est aussi un animal grégaire et lunatique. Il a des idées fixes dont il change comme de téléphone. Souvent, il ne répond pas au numéro demandé.

Ne le cherchez pas. L’homme est toujours quelque part, perdu dans les symptômes de toutes les maladies qui affectent l’humanité.

Les médicastres politiques y perdent leur latin et cherchent des éléments de langage. Les psys enrichissent la nomenclature des maux de tête qui nous menacent. Mais le pathos est toujours en avance d’un syndrome. La bipolarité est à la mode alors que règnent la multipolarité et le nomadisme politiques.

Faute de ne pouvoir satisfaire tout le monde, le démocrate-en-chef tente de ne mécontenter personne. Il erre comme une mouche dans un bocal infesté de mouches.

Enserré par l’Europe et ouvert au monde, notre pays souffre de mille maux que notre administration, « la meilleures de l’univers », ne parvient pas à soulager.

Nos rêveurs sont en perpétuelle recherche d’une solution unique, globale, élégante, définitive, immédiate, facile, économique, consensuelle.

Le dernier mal du présent siècle n’est pas nouveau. Il est marqué par le syndrome des états généraux qui fit perdre la tête à une monarchie en mal financier et en quête de réformes fiscales. 

Depuis Philippe-le-Bel le pouvoir est à court d’argent. Malgré quelques rémissions, le mal est incurable. Il semble bien que les Valeurs de la République ne puissent se substituer aux valeurs financières pour satisfaire les boulimies institutionnelles et étancher les soifs des grands et des petits.

Nul ne parvient à colmater le tonneau des Danaïdes qu’est la fiscalité.

La société a changé. Avant la révolution elle était répartie en trois ordres rivaux qui ont généré un beau désordre. Elle est aujourd’hui plus fragmentée.

La noblesse de tradition avait commis des abus de pouvoir. Elle avait aussi contribué à éclairer le siècle des lumières et à préparer la révolution. Sans complètement disparaître, elle a dû faire place à des nouveaux venus. Sélectionnée autrement par les grandes écoles, les grands corps, les grands partis, les grands syndicats, la grande industrie, l’élite républicaine a obtenu, de haute et longue lutte, de nouveaux privilèges. Elle est loin d’être unitaire. Sa lutte intestine des classes est un combat pour les places.

Le clergé de tradition a renoncé au pouvoir séculier. Il a accepte maintenant de cohabiter avec des religieux qui voudraient remettre en cause la laïcité et la séparation de l’église et de l’état, ces antidotes des guerres de religion de triste mémoire.

Le tiers-état s’est multiplié. Cette grande fratrie aux nombreux descendants constitue un quart-état d’une grande diversité.

Une infinité de classes, de partis, de groupes sociaux, de groupements d’intérêts, de secteurs professionnels, de communautés, de coteries, sont en luttes incessantes et ne s’accordent guère que partiellement et à titre provisoire.

Cette juxtaposition de fragments d’humanité a toutes les caractéristiques d’un système de systèmes à la fois trop vaste et trop petit pour être gouvernable. Seuls les insensés, et les candidats à l’exercice du pouvoir, semblent l’ignorer.

Ayant depuis longtemps confisqué et épuisé la ressource du trésor des Templiers, le pouvoir se prend aujourd’hui à lorgner l’épargne sur laquelle compte le prévoyant bon peuple pour adoucir ses vieux jours.

Nul ne sait à quel syndrome se vouer. Chacun craint que la mise à plat de la fiscalité se termine par la mise à plat de sa bourse.

Sous la lumière de la lampe d’Aladin, le tonneau des Danaïdes et le Grand Chaudron Fiscal ressemblent à la boîte de Pandore. Y restera-t-il le Cap de Bonne Espérance ?

Pour le moment, la contestation fait rage et nourrit la contestation de la contestation. Et les sans-culottes marquent le pouvoir… à la culotte.

Il est temps de reprendre au temps… le temps qu’on a cru pouvoir lui donner.

Pierre Auguste
Le 27 novembre 2013



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