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Stages et stagiaires

STAGES ET STAGIAIRES


En ce début de novembre 2005, les stagiaires sont descendus dans la rue, masqués. Quelle est cette France dans laquelle la jeunesse n’ose pas demander à visage découvert ce qui lui est dû ? Cela éclaire autrement le problème des banlieues et montre que la précarité de l’emploi n’épargne aucune des catégories des enfants du pays. L’anonymat, celui des masques et des bannières comme celui des cagoules et de la casse en groupe, est propice aux rumeurs, aux manipulations, aux excès. Il peut servir d’autres objectifs.
Mais nous sommes avec ceux qui estiment nécessaire et possible de sortir d’une routine gestionnaire du marasme et d’entrer résolument dans une dynamique de reconquête de la prospérité. Semaine après semaine, nous rapportons dans cet éditorial des réflexions inspirées par les réalités observées sur le marché de l’emploi.
On ne pourra pas nous reprocher notre indifférence aux problèmes de la jeunesse puisqu’en Mai 2004, nous avons écrit ici qu’il y a mieux à faire pour insérer les jeunes dans la vie active. (Édito 2004 05 06 Débuter aujourd’hui.)
Nous y faisions cette remarque de simple bon sens selon lequel « Quand la couverture est trop petite on ne peut pas l’avoir à la fois sur la tête et sur les pieds ». Les efforts des dirigeants, qui se succèdent depuis trente ans, semblent avoir pour principal objet de déplacer la couverture de l’emploi. Le problème du travail appelle la substitution d’une logique de création à la logique de répartition qu’à droite comme à gauche, on tend toujours à privilégier. (Édito 2004 10 28 Agir utile.)
Nous observons que la tâche des gouvernants n’a rien perdu de son immensité.
Mais, peut-être pour ne pas contrarier «  Billancourt », avions-nous alors omis de dire que l’action syndicale a pour résultat d’élever autour des entreprises des fortifications, juridiques et administratives, qui visent à protéger intra muros ceux qui ont un emploi. Les murailles sont à double effet. Elles compliquent l’entrée dans les citadelles pour ceux qui n’y ont jamais eu accès ou en sont sortis.
Dès lors que des brèches se présentent, des flux entrants ou sortants s’établissent spontanément. Ils sont le résultat d’une double infinité d’actions plus ou moins ponctuelles de recrutement ou de licenciement qu’en définitive personne ne pilote car elles ne sont pas globalement « pilotables ».
Voilà matière à réflexion pour les professionnels de la représentation syndicale et pour leurs mandants.
Il est inadéquat d’imputer ces décisions individuelles à une seule des causes qui leur sont attribuées par les uns ou par les autres : maximisation du profit, discriminations, nécessité d’assurer la pérennité de l’entreprise, inadaptation du personnel à ses tâches, manque de compétitivité résultant de handicaps d’origines internes ou externes.
Les entreprises ne peuvent s’exonérer de toute responsabilité dans la situation des stagiaires. Nous leur avons notamment fait observer que « Les conditions de l’admission dans les stages professionnels ressemblent maintenant non seulement à celles des offres d’emploi mais aussi parfois à des demandes de services de consultants chevronnés …»
Il faut éviter la confusion des genres. Un emploi doit correspondre à un travail rémunéré Un stage est une formation encadrée, dont le coût est compensé par une contribution productive à la marche de l’entreprise. C’est ainsi un probatoire et une première marche vers l’emploi. Il faut bannir les stages qui s’éternisent et/ou se multiplient sans nécessité.
Il est impératif de bien préciser le partage des responsabilité, pédagogiques et financières, entre les établissements d’enseignement et les entreprises. Sauf dans le cadre de contrats particuliers précis, il faut éviter de reporter sur les entreprises des tâches ou des coûts de formation générale, y compris les charges sociales, et sur les établissements d’enseignement des tâches de formation spécifique
Il faut cesser de « faire briller » avant l’admission la possibilité de subventions qui brillent ensuite… par leur absence !
Chacun dans ces domaines doit raison garder. Y compris les stagiaires qui défilent.
« Oui, tous ensemble, cousus nous sommes dans la peau d’un serpent aveugle. » (Alain)

Pierre Auguste

Le 9 novembre 2005



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