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Stages. Décongeler les mammouths

STAGES. DÉCONGELER LES MAMMOUTHS


De beaux cerveaux ont atteint la température au-dessous de laquelle tout se fige. Cela, ne doit rien au climat, se produit chaque année et en toute saison.
Nous revenons ici souvent sur le début de la vie professionnelle. Cette longue phase va de l’orientation des études au choix d’un premier emploi. Elle passe par l’orientation et la formation professionnelles. Elle est essentielle pour les jeunes. Elle conditionne toute leur vie. Elle ne peut se rejouer comme sur une console vidéo.
À ceux qui débutent en la vie nous recommandons de (re)lire les textes dont ils trouveront ci-dessous la liste qui leur permettra d’y accéder sur nos sites.
Les générations se suivent et, quoi qu’elles en pensent, elles se ressemblent toujours un peu. Les messages qu’on tente de transmettre se perdent vite car les enseignants, dont c’est le métier de les porter, se lassent de répéter et croient innover en creusant les ornières.
En pleine glaciation économique le nombre de demandes et d’offres de stages augmente. Nous y voyons un signe précurseur de reprise. Le stage est le premier degré de l’escalier de l’emploi. Il semble se rouvrir. Quoique de manière sélective.
Une demande de stage nous a échauffés et nous fait monter aujourd’hui au créneau par les murs extérieurs des citadelles savantes, publiques ou privées. Ce n’est pas la première du genre. Elle révèle des non-dits, de discrètes pratiques extravagantes. Elle était ainsi libellée : « Cherche stage dans entreprise comportant plus de trois salariés. »
Cette requête n’est pas née dans le cerveau du candidat. Elle est le fruit d’une exigence de l’encadrement chargé de le former, de le guider, de l’introduire en la vie.
On prétend ainsi exclure près de deux millions d’entreprises (60%), du champ des voies possibles pour initier les jeunes à la vie professionnelle, les insérer dans le circuit économique. On leur interdisant ainsi autant de possibilités d’accès à l’emploi.
Cette discrimination est injuste, illégitime, illégale, contre-productive. Elle montre le niveau que peuvent atteindre en notre pays, les préjugés, la méconnaissance des réalités, l’incompréhension des mécanismes économiques, le mépris de l’équité, la déviance des missions.
Il n’y a, dit le dicton, de bon bec que de Paris. N’y aurait-t-il de bon pied que de mille-pattes ? De bonne main que de manufacture ? De bonne tête que d’hydre ? De bon ordinateur qu’inséré dans un grand réseau local ?
Faut-il aborder l’entreprise par la voie unique de la division du travail, du morcellement des tâches, de la standardisation des processus, de l’intégration progressive des fonctions jusqu’à la synthèse finale et toujours différée, au niveau de la direction ?
N’y aurait-il pas aussi une approche à la fois plus synthétique, plus détaillée, plus directe, plus accessible, de toutes les fonctions dans une entreprise de petite taille ? N’est-il pas didactique d’être parrainé directement par celui qui assume la totalité des responsabilités depuis les études jusqu’à la commercialisation en passant par les tâches administratives et la production. N’est-ce pas dans les petites entreprises que se trouvent les plus forts potentiels de création, d’innovation, de croissance ? Et aussi les plus grands besoins ?
Personne ne peut s’arroger le droit de choisir pour toutes les partie-prenantes. Place doit être faite à la diversité des informations, des parcours, des tailles, des techniques, des initiatives.
Les syndicats, organes de défense des jeunes travailleurs, les organisations professionnelles, organes de défense des entreprises, les institutions chargées de réprimer les abus, devraient introduire des recours juridiques pour mettre fin à ces pratiques discriminatoires. Mais il semble qu’un consensus de fait s’exerce par-dessus la tête des jeunes générations. Au détriment et à l’insu des petites structures qui paient pourtant leurs charges, notamment la taxe professionnelle et la taxe d’apprentissage :
•    les grandes entreprises se constituent, à titre précaire, des bataillons de stagiaires supplétifs et surnuméraires ;
•    le syndicalisme multicouches dirige le naissain et les alevins vers ses implantations les plus solides et en quête permanente de solidification ;
•    les établissements d’enseignement, dont les plus grands sont nappés de la mystique du grand service public, imposent a priori des critères arbitraires, refusent de pactiser avec les « vénales multitudes » sans même examiner ce qu’elles pourraient proposer, réduisent le nombre de leurs interlocuteurs, s’épargnent « l’épicerie fine » d’un suivi diversifié.
Naguère un ministre voulait dégraisser le Mammouth. C’était aller un peu vite en besogne. Il faut d’abord le décongeler. Mais avec précaution.
Sous la toison laineuse, entre les yeux et les oreilles, derrière les défenses, au plus profond du crâne, chacun de nos mammouths a peut-être un cerveau. Épargné par les amas graisseux.

Pierre Auguste

Le 21 janvier 2009



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