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Souveraineté et Grands Systèmes

SOUVERAINETÉ ET GRANDS SYSTÈMES

L’humanité avait une longue pratique du partage des territoires et des souverainetés.

Hormis de vastes espaces polaires, maritimes ou aériens, nulle parcelle n’échappait aux répartitions consenties. Les eaux, les airs et les terres internationales sont soumises à des règles spécifiques encore évolutives. Le libéralisme et la mondialisation sont venus perturber les habitudes et bousculer les souverainetés territoriales.

La libre circulation des populations, des capitaux, des idées, des informations, du travail, des objets culturels, des marchandises et des entreprises est loin d’être totale. Elle nous réserve encore bien des surprises, des incohérences, des désaccords.

L’expérience a montré que deux périls majeurs et opposés ont été sous-estimés : l’ouverture et la fermeture des frontières sans précaution.

La souveraineté s’est toujours d’abord exercée dans les domaines primordiaux de la défense et de la sécurité intérieure. Lorsque s’estompa l’opposition entre le bloc de l’Est et les pays occidentaux, des étourdis bien de chez-nous voulurent « toucher les dividendes de la nouvelle donne internationale ». Certes une évolution de notre système de défense était nécessaire. Mais les rapports des hommes et des nations sont tels qu’aucune menace ne disparaît spontanément. D’autres s’y ajoutent dans un monde plus ouvert, générateur de plus nombreuses et sévères dépendances. Les fonctions de la sécurité et la prévention de la délinquance en sont particulièrement compliquées. Il était donc contradictoire de sanctifier le principe de précaution et de réduire, même marginalement, les budgets, les moyens et les effectifs de la sécurité, et drastiquement ceux de la défense.

Toute nation, ou groupement de nations, a toujours été constitué en système avec lequel il fallait composer…ou se battre.

L’ouverture des frontières, le libéralisme, la concurrence et le progrès technique ont stimulé le commerce et les échanges. Il en est résulté le développement de systèmes internationaux géants qui se sont institués en « états dans les états »ayant leurs objectifs, leurs pratiques, leurs propres critères d’optimisation.

Leur esprit d’entreprise, leur autonomie financière, leur liberté de manœuvre et d’implantation, leur aptitude à l’innovation, leur donnent la réactivité nécessaire pour concevoir, produire et vendre, dans les tout premiers, des produits de haute technologie, des procédés de recueil, de traitement et de diffusion de l’information.

Comme tout empire, ils sont mus par la volonté d’accroître leurs emprises territoriales, leurs assises financières, leurs zones d’influence, leur indépendance. Ils sont tentés par le totalitarisme et s’ingénient à esquiver toute fiscalité. Certains de ces systèmes oublient ce qu’ils doivent aux pays et aux hommes qui les ont aidés à naître, à s’établir, à croître. Des monstres cupides et froids récupèrent, phagocytent et exploitent sans vergogne hommes, entreprises, procédés et produits qui peuvent les servir.

Laissons le lecteur nommer les grands empires qui peuvent entrer dans cette classification et les situer à leur juste place dans « l’échelle des riches terres. »

À ces structures légales et parfois institutionnelles, le libéralisme et l’ouverture du monde juxtaposent des pratiques dirimantes qui mettent à rude épreuve la souveraineté des états et dépassent les moyens de contrôle ou de régulations des pouvoirs publics.

Point n’est besoin de grandes structures ni d’une organisation générale pour produire des effets massifs qui déséquilibrent la société. Ainsi en est-il pour le travail clandestin, les détachements de main d’œuvre, les migrations spontanées, les transferts occultes de populations. Ces faits ne sont souvent détectés que par leurs conséquences alors qu’il est trop tard pour mettre en œuvre des parades efficaces.

Mais l’inorganisation officielle devient catastrophique lorsqu’elle est confrontée à la malfaisance organisée comme les migrations de masse, le terrorisme, l’occupation illicite de territoires entiers, les guerres sous prétextes ethniques ou religieux. 

Trop de liberté nuit à la liberté. Trop d’ouverture appelle les pires fermetures.
Europe où es tu ? États européens que faites-vous ?

Pierre Auguste
Le 15 juin 2016



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