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Souveraine panacée. Le crédit d'impôt

SOUVERAINE PANACÉE. LE CRÉDIT D’IMPÔT

Quand on patauge dans mille panades, on se met en quête de panacées. Quand le pouvoir en tient une, il l’accommode à toutes les sauces. C’est ainsi que nous vivons sous le régime des apprentis sauciers. Leur fond de sauce est le crédit d’impôt. L’invention est géniale. Le souverain républicain rêve de l’universaliser.

L’obsession de nos grands maîtres queux est de conserver la vieille ossature du dispositif fiscal. Tant de générations de fiscalistes ont mis tant de temps à le construire. Tant d’informaticiens ont déployé tant d’efforts à l’automatiser. Tant de fonctionnaires ont eu tant de mal à apprendre à le manipuler. Il met si bien le souverain à l’abri du besoin ! Aussi le peuple souverain doit-il imposer quelques sacrifices au peuple sujet !

Le monde change mais la question se pose toujours de savoir ce qu’on fait aujourd’hui. La réponse est toujours la même : Le changement c’est maintenant…on fait comme la dernière fois. Ainsi se perdent tant de guerres coûteuses, tant de guerres économiques.

Le premier trait de génie du crédit d’impôt est de constituer une traite qui permet à l’état de fonctionner à crédit malgré ses dettes contractées par ailleurs.

Sa deuxième trouvaille est de continuer, maintenant, à prélever en aveugle.

Sa plus belle fulgurance est de remettre à plus tard le remboursement du trop perçu, mais sous conditions et les yeux grands ouverts. Les instruments du fisc pour rétro-distribuer la « fortune » sont le microscope, le compte-gouttes et le clapet anti-retour.

On se propose de négocier et d’écrire tout cela dans le « contrat de responsabilité » .Où est passée l’ancestrale pratique de sceller un contrat par une tape dans la main, en confiance, les yeux dans les yeux ? Mais comme la chose n’y est pas, le plus disant politique écrit le mot qui ne change rien à la chose.

Les systèmes sont toujours conçus pour le confort de ceux qui les servent et non pour la commodité de ceux qui leur sont assujettis. Au moment même où on loue la stabilité, on s’adonne à une frénésie taxatrice qui montre que si le système fiscal est stable dans ses structures, il ne l’est ni dans ses paramétrages ni dans ses résultats.

Les alternances, les cohabitations, les oppositions aux pouvoirs centraux, régionaux et locaux ont installé un système à la fois hybride par les doctrines, consanguin par la formation du personnel politique et administratif. Finalement nous vivons sous un régime tenant d’un socialisme de droite et d’un libéralisme de gauche. Chacun n’envie à l’autre que l’occupation des trônes et la détention des sceptres.

La dette et le crédit d’impôt sont les marques d’un état dirigiste qui joue le capitalisme sans avoir de capitaux. Notre dernière cohabitation en a donné une belle démonstration. Souvenez-vous de ce président de droite qui, au grand dam d’un premier ministre de gauche, avait promu au rang de « cagnotte » des entrées fiscales qu’il eût mieux valu utiliser pour réduire la dette. « Plus socialiste que moi tu meurs ». On sait qui survécut.

À force d’augmenter les prélèvements, d’alourdir les dépenses collectives, de prédéterminer les dépenses individuelles par des mesures d’incitation, et sous couvert de démocratie, on prive le citoyen de l’initiative de ses dépenses. Il n’y aura bientôt plus un euro qui puisse être dépensé sans que quelque autorité en ait fixé la destination.

Il n’arrive guère au pouvoir que des immodestes persuadés qu’ils sauront dépenser l’argent mieux que ne le feraient non seulement ceux qui en ont hérité mais aussi ceux qui l’ont acquis par leur travail. L’esprit démocratique voudrait au contraire que le citoyen de base ne soit pas privé de tout le droit de disposer du fruit de son travail.

Les prélèvements assèchent les capitaux. Faute de capitaux, l’espérance du redressement productif et de la baisse du chômage sont fondées sur le crédit. Les crédits d’impôts en sont des avatars et des succédanés. Qui saurait en dresser la liste ? Travaux immobiliers, économies d’énergie, recherche, développement durable, compétitivité, innovation, embauche… tout financement est voué à l’emprunt de cette navette omnibus.

Toutes les variantes de niches fiscales, et de crédits d’impôt sont en quelque sorte des repentirs. Pour masquer leur totalitarisme foncier et leur amblyopie économique, les maîtres des budgets font semblant de se muer en « casseurs d’assiettes fiscales». 
Ce n’est pas un pacte de responsabilité que devraient signer les partenaires sociaux mais un acte de renonciation aux rêveries, dépenses, exigences, promesses, inconsidérées.

Pierre Auguste
Le 19 février 2014



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