Enligne : Editos

Santé. Fais ce que tu fais.

Santé. Fais ce que tu fais.

Age quod agis. Ce vieil adage latin me revient en mémoire quand j'observe le peuple souverain et ses représentants débattre sur la manière de se battre contre le virus qui ravage l'humanité. Fais ce que tu fais dirait-on en Français.

L'individu pense d'abord à la préservation de son confort immédiat et remet à demain sa sauvegarde et celle des ses proches.

Les peurs font courir les inquiets. Insouciants et réfractaires traînent la patte.

Il est hors de possibilité d'énumérer ici les oppositions, infractions et accommodements que l'ignorance, l'esprit de contradiction et l'incivisme peuvent produire pour stimuler les cervelles retorses.

Ne pas faire ce que l'on est censé faire est devenu un sport national. Mais avec la crise du virus, les partis politiques d'opposition ont trouvé leur maître en l'art de la virulence. Ils en ont le sifflet coupé.

Les tenanciers du pouvoir délégué entendent faire aujourd'hui ce que leurs prédécesseurs et eux-mêmes n'ont pas fait hier pour la collectivité de demain.

Une formidable pandémie a frappé, frappe et continue à frapper l'humanité qui croyait vivre dans une routine reconductible, certes cruelle envers les faibles mais bienveillante envers les forts. C'est un événement historique inattendu, de caractéristiques inconnues, d'ampleur inouïe, d'une cruauté implacable. Il s'est abattu sur l'humanité et pris en défaut les savants les plus savants, les politiciens les plus avisés, les peuples les plus prévoyants.

Le berger prône l'unité d'action. Il tente d'amener les uns à la raison, les autres à résipiscence par plus de rigueur de ses prescriptions. Et au besoin par plus de vigueur des auxiliaires de police.

Il s'agit là de faire plus qu'on ne fait.

Tout chef attend qu'on lui propose des discours qui aient de la vigueur, de la gueule, de la hauteur, de la tenue. Communicants et porte-plumes patentés suent sang, eau et verbe pour fignoler la syntaxe. Ils choisissent le vocabulaire, non pour adapter les textes aux réalités mais pour les rendre plus convaincants, plus lénifiants, toujours plus hypergoliques et hyperboliques.

Il s'agit ici de dire plus qu'on ne fera ! C'est de la littérature non engagée.

S'il existe, le lecteur de ces lignes comprendra que mon admiration se porte plutôt sur la littérature non engageante, dégagée et changeante, dont nous sommes, si j'ose dire abreuvés, par la vue et par l'ouïe, en ces temps de pandémie galopante.

Le principe de précaution nous avait naguère nantis d'une réserve de masques destinés à nous préserver des éventuels ravages d'une grippe nouvelle. Chacun sait que l'alarme fit grand bruit et que le mal ne fut pas à la hauteur des craintes. Les chasseurs de dépenses inutiles firent main basse sur le « magot apparent » pour abonder quelque autre « utilité ». Le stock de précaution fut amenuisé au fil des budgets suivants. Une improbable pandémie a déjoué les spéculations de nos fiscalistes et de nos financiers de haute venue. Les voilà démasqués ! Le confinement en vigueur leur épargnera d'être exposés à la vindicte sur place publique. Le cyberespace y suppléera.

En ajoutant à cette pénurie des matériels de protection, celle des moyens de diagnostic et celle des moyens d'oxygénation on mesure l'importance accordée par les guerriers à leur armement, à leur équipement, à leur intendance, au moral de leurs combattants, à leurs structures.

Pour faire ce que tu fais, commence par faire ce que tu sais faire !

On est quelque peu surpris en consultant la liste des intitulés dont fut surchargé le Ministère de la Santé. Il semble que cette noble institution soit le réceptacle commode de tous les thèmes sensibles nouveaux et de tous les ambitieux que le monde politique veut mettre à l'essai.

La santé ne voyage jamais seule. On peut par exemple être Ministre d'État, ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville, Ministre de la Santé et de l'Action humanitaire, Ministre des Solidarités et de la Santé, Ministre des Affaires sociales et de la Santé, Ministre de la Santé, de la Famille et des Personnes handicapées, Ministre des Affaires sociales, du Travail et de la Solidarité,Ministre de la Santé publique et de l'Assurance maladie...

L'une des charges essentielles de ce ministère est de changer ses appellations sur son frontispice, sur les portes de ses bureaux, sur la couvertures des dossiers qu'il conserve ou transmet, sur l'entête des documents qu'il produit ou fait suivre, sur les répertoires téléphoniques..
Après avoir empli les corbeilles à papiers et vidé les corbeilles informatiques, chaque réorganisation appelle une campagne de copies et de photocopies.

Pour faire ce que tu fais, n'hésite pas à refaire !

Ainsi va le progrès. Chaque matin que Dieu fait annonce un jour nouveau.

 

Pierre Auguste

Le 25 mars 2020

 

 

 

 

 

 

 

 



643