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Rois d'hier et d'aujourd'hui

Rois d'hier et d'aujourd'hui

 

À la mémoire de mon grand-père paternel (1872-1953). À l'âge de quatre-vingts ans, il récitait dans l'ordre chronologique toute une série de brèves notices biographiques des grands personnages de l'Histoire de France, apprises par cœur à l'école primaire de son village.

 

Notre monarchie républicaine vit dans le droit-fil de la royauté que nous croyions pourtant avoir reléguée dans les bas-fonds de l'histoire.

Avec notre belle suite dans les idées, et dans nos pratiques, nous n'avons rien à envier à nos rois pour lever l'impôt, approfondir la dette, chercher des expédients pour faire vivre le roi, sa cour et ses barons. Ni pour demander des efforts au peuple dont l'âme et les écrouelles sont toujours touchées par les vertus de la communication.

La pédagogie est la dernière née des panacées politiques. La république a perdu l'usage d'ajouter un qualificatif au prénom de ses monarques. En certains développements de la vie des peuples, l'Histoire est pourtant un éternel recommencement. Les successeurs de nos rois se croient confrontés à des problèmes nouveaux. S'il est une difficulté qui franchit siècles et règnes, c'est bien celle d'obtenir l'unité des Français malgré la disparate de nos peuplements.

Notre dernier carolingien fut le fondateur de la cinquième République. Il est déjà passé à la postérité sous le nom de Grand Charles. Il a fait le constat de nos divisions avec sa gouaille qui sentait si bon la France : « Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 258 variétés de fromage ? »

En observant les étals de nos magasins et de l'actualité politique, force est de constater que la fromagerie nationale, ses ferments, ses résidus et ses fragrances sont des univers en une expansion que rien ne peut arrêter.

En son règne écourté, le roi Georges Le Raffiné, premier successeur rustique et fin lettré, trouva des mots tout aussi efficaces pour appeler sa cour à ne pas harceler le peuple, ni multiplier les sujets de division de ses sujets : « Arrêtez d'emmerder les Français ! »

En bon polytechnicien, le roi Valéry Le Sagace se devait au réalisme et à la formulation d'objectifs chiffrés. Il se proposait de rassembler deux Français sur trois afin de soutenir son effort pour changer la France. Il y parvint, mais sans les renouvellements qui eussent été nécessaires pour arriver à meilleure fin.

François le Sphinx ne croyait guère en l'unanimité présente. Il s'accommodait des divisions. Il nous apprit sur le tard qu'il croyait en les forces de l'esprit. Il sous-entendait par là qu'il continuerait à influencer post mortem le comportement de ses sujets supposés éternels, obédients et unitaires sans le savoir. L'éternité prend son temps pour trancher. Les forces de l'esprit devront persévérer dans le silence et la sérénité.

Jacques le Dévorant avait un mordant bien connu de ses prédécesseurs et de ses concurrents. Sa faconde et son nez d'expert pour détecter dans l'air du temps les senteurs politiques l'ont fait élire sur le thème de la fracture sociale. La division a multiplié pour lui les opportunités. Son don d'ubiquité, sa chaleur humaine et sa boulimie l'ont propulsé au contact de tous les fragments sociaux, insinué dans tous les interstices qui les sépare. Le peuple est toujours prompt à s'opposer mais s'est laissé gagner par une certaine admiration de ce bel animal politique. Le bon politicien doit choisir son heure. Jacques sut se faire élire en des temps où la France chantait encore avec Jean Yanne « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil », et se faire réélire quand hurlait le grand méchant loup.

Nicolas le Hutin est toujours en bataille. Il es vrai qu'entre les moulins à vent et la racaille en passant par la crise, le chômage, les attentats et les élections il y a toujours quelque opposant à terrasser. Mais avec ce fichu peuple Gaulois chaque tribu a ses ennemis et en toute action il est impossible de ne mécontenter personne. Et le quinquennat a réduit les files d'attente en accélérant le rythme des relèves.

François le Débonnaire en a tiré la leçon. Il a mis comme on dit la pédale douce. Il a trouvé en quelque sorte la même situation financière et fiscale que Louis XVI. Malgré sa prudence de serpent il a perdu son trône. Il doit à l'air du temps de n'avoir pas perdu la tête. Quoique... Où avait-il donc la tête ? Son ballet en pas de deux, ou de trois, des premières dames lui a donné une « aura » de légèreté qu'il n'attendait pas. Le lancement et la fugue de son Turgot lui ont fourni un concurrent potentiel qu'il n'attendait pas d'avantage. Gouverner, c'est prévoir comme dit la rumeur publique.

Et voici sur la brèche Emmanuel le Bel. On pourrait aussi dire le Hardi.

(Rappelez-vous Philippe le Hardi, derrière son Père Jean Le Bon qui ferraillait contre les Anglois à la bataille de Poitiers : Père gardez-vous à droite ! gardez-vous à gauche !

De nos jours il faut aussi se garder au centre, derrière, au-dessus et dessous...

Philippe le Hardi, Philippe le Bel, et notre Emmanuel, ont en commun d'avoir accédé très jeunes à la responsabilité suprême. Philippe Le Bel, ou Roi de Fer , passe pour avoir été un plus grand roi. Il dût reprendre en mains les finances et le contrôle de la monnaie. Emmanuel le Bel n'est plus aujourd'hui le maître de la monnaie ce qui lui simplifie la tâche et met le peuple à l'abri des dévaluations et de l'inflation prônées par certains économistes qui lorgnent sur l'épargne des Français.

Philippe Le Bel a voulu « se refaire » en s'attaquant aux présumés manipulateurs d'argent tels que les Templiers, les Juifs, les Lombards.

Pour revigorer l'économie, Emmanuel a déroulé le tapis rouge aux puissances d'argent, nationales et internationales. Les seuls templiers qu'il ait trouvés sont les retraités qui n'ont pas de temple et ne sont guère fortunés. Il faudra qu'il trouve d'autres sources Pour ma part je ne vois guère que le travail, encore le travail, toujours le travail. Sont ennemis du peuple ceux qui s'arrogent le droit de répartir le fruit du travail d'autrui.

Allez expliquer cela aux syndicats et aux salariés qui rêvent de farniente et de voyages.

Non à ceux divisent pour régner. Non à ceux qui règnent pour diviser.

 

Pierre Auguste

Le 25 avril 2018

 



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