Enligne : Editos

Reprise économique. Un chemin montant, sablonneux, malaisé.

Reprise économique. Un chemin montant, sablonneux, malaisé.

Notre beau pays a toujours Jean de La Fontaine pour se stimuler quand le chemin devient difficile pour le char de l'état. Mais en général le coach n'aime pas être piqué par les mouches.

Les malicieuses remarques d'Alexandre Vialatte seraient sans doute mieux acceptées, et donc plus efficaces, que les austères moralités de notre fin fabuliste.

Après avoir parcouru l'Auvergne à bicyclette dans toute ses dimensions Vialatte avait observé que le pays qui a inventé les caisses d'épargne avait « plus de routes qui montent que de routes qui descendent. » Cette remarque devrait éveiller l'esprit de ceux qui veulent extraire des profondeurs les activités économiques dans lesquelles le fameux cornavirus Covid-19 les a précipitées.

L'ouverture du monde, la diffusion des sciences et des techniques, la montée des ambitions des pays émergents avaient depuis longtemps bousculé la tectonique des plaques économiques et tourmenté le relief des échanges mondiaux. Ce serait une erreur de croire que le cataclysme sanitaire de cette année 2020 aurait eu pour seul effet d'endormir l'économie et qu'il suffirait maintenant de la réveiller par un baiser d'amour.

La belle n'a dormi que d'un œil, elle sort de sa léthargie avec la gueule et les jambes de bois. Elle sait que certains pays et certaines fractions de l'humanité ne sont pas restés inactifs et immobiles. Il en fut qui réapprenaient à vivre et à travailler autrement, en soignant ceux qui passaient de vie à trépas, ou se soignaient eux mêmes, ou se confinaient tranquillement en attendant des jours meilleurs.

Ils se trompent ceux qui supposent que l'économie repartira comme si elle attendait que quelque Dieu enclenche un interrupteur général. Certes les aides aux petites entreprises prescrites par le gouvernement auront sauvé quelques emplois. Certes des études prospectives sur les emplois potentiels ont été présentées par d'éminents économistes. Mais l'économie n'obéit guère aux injonctions. Qu'elle soit dirigiste ou libérale, elle n'est que la résultante d'une infinité de décisions individuelles autoritaires qui se voudraient indépendantes.

Sans bien en mesurer les difficultés, nos dirigeants fondent de grands espoirs sur une rénovation immobilière pour créer des emplois, économiser l'énergie, réduire la pollution, satisfaire les besoins en logements sociaux, donner un élan vertueux à l'économie.

Aussi intelligentes, aussi cumulatrices et aussi complémentaires qu'elles soient, les intentions ne suffisent pas pour élaborer et conduire à bonne fin un ensemble de programmes aussi ambitieux. Encore faut-il disposer d'un tissu d'entreprises ayant la culture, les savoir-faire et la taille nécessaires pour investir, notamment dans des études et des projets, obtenir des marchés, exécuter les travaux de haute technicité et en assurer l'intégration.

Ce n'est pas dans l'actuelle ambiance de paralysie qui met à bas de nombreuses petites structures que le secteur du bâtiment pourra se restructurer, former et recruter des dirigeants et des exécutants compétents en toutes techniques nouvelles.

Il serait donc prudent de ne pas trop compter sur les petites structures pour relancer l'ensemble de l'économie et recréer massivement de l'emploi. Il ne faut pas non plus tout attendre des grandes entreprises qui cherchent toujours à optimiser leur structure en minimisant leurs effectifs et en externalisant tout ce qui peut être produit à moindre coût.

Selon une étude récente, les emplois nouveaux à espérer de structures bien assises seront en quelque sorte des appendices d'assistance à des directions existantes chargées de suivre et d'animer des fonction diverses. Il ne s'agit pas de multiplier les effectifs de cadres mais de diriger à moindre coût en créant des tâches d'exécution dans les fonctions de direction !!

La reprise de l'économie ne saurait intervenir à court terme, ni hors d'un équilibre social. Le grand défi est de donner du travail à chaque individu tel qu'il est et donc tel qu'il a été formé.

 On peut se réjouir de voir les grandes entreprises produire en urgence les moyens dont les responsables ont imprudemment décidé de se démunir. Mais le réalisme commande de ne pas confondre cet élan éphémère avec l'effort soutenu nécessaire pour restaurer l'économie.

 La multiplication et la complexité croissante des savoirs et des savoir-faire qui pénètrent les produits et services rendent illusoires le vœu des entreprises de pouvoir recruter des personnels aptes à exercer tous emplois. C'est espérer que l'ensemble des formations reçues par chaque génération arrivant sur le marché de l'emploi corresponde point point avec l'ensemble des besoins des entreprises ! Le doigt du Dieu créateur n'entre guère dans ces menus détails.

Les entreprises doivent admettre l'évidence selon laquelle l'inflation des savoirs et des savoir-faire leur imposera à l'avenir d'assurer elles-mêmes les formations qui leur sont spécifiques.

C'est à chacune de tracer son chemin.

C'est ici et aujourd'hui qu' « Alexandre Vialatte et Pierre Dac auraient pu se rencontrer :

« Un chemin qui descend est un chemin qui monte en sens inverse et réciproquement. » (Pierre Dac)

C'est à la force des jarrets que se gravissent les montagnes. Je ne vois guère de jarrets musclés en nos plus belles têtes. Ni de matière grise en nos plus gros jarrets.

 

Pierre Auguste

Le 1er avril 2020

 

 



678