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Rénovation énergétique. 3/3-Encore une usine à gaz.

Rénovation énergétique. 3/3-Encore une usine à gaz.

Gribouille est en marche. Hormis les réalités, rien ne peut l'arrêter.

Il est vrai qu'un certain Guillaume d'Orange lui a mis en tête cette idée selon laquelle, « Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer.» Gribouille persévère dans le ridicule. La maison brûle et il contribue à combattre le sinistre avec les lance-flammes de la communication et de la désinformation.

Le Crédit d'Impôt pour la Transition Énergétique était lent, c'est une bonne idée de le transformer en prime plus précoce.

Mais cette bonne idée se transmute en aberration quand on passe à l'exécution.

Le législateur, qui n'est pas à une ineptie près nous annonce que les plus riches seront exclus de toute aide à la rénovation. Ce sont eux qui dévorent l'essentiel des aides. Cette exclusion ne va pas pour autant forcer la décision de ceux que la pauvreté et la variabilité de la politique maintiennent dans la circonspection. Gribouille semble avoir trouvé là un moyen très sûr de retarder les interventions d'urgence que réclament à grands cris les amis de la planète.

Peu importe l'asphyxie pourvu qu'elle soit égalitaire ! Pour complaire aux bons esprits, une priorité en chasse une autre.

On se demande en quel esprit pervers a pu naître cette idée de diffuser une matrice par laquelle il prétend tarifer les aides étatiques relatives à l'évolution énergétique en fonction d'une classification des citoyens selon quatre niveaux de revenu des ménages. (Très modestes, modestes, intermédiaires, les plus élevés.)

Cette démarche paraît intempestive, injuste, inappropriée, inconstitutionnelle.

1- Cette classification est intempestive. C'est une porte ouverte sur une relance de la lutte des classes en un temps où s'exprime la crainte de voir se rompre l'unité de la nation.

2-Cette classification est injuste. S'il devait y avoir une classification elle devrait porter non sur les revenus mais sur ce qu'il en reste lorsque les besoins vitaux ont été satisfaits. Cela permettrait notamment de remettre à leur juste place les handicaps, les maladies, la vieillesse qui créent des besoins spécifiques que la société est plus prompte et plus habile à déplorer qu'à traiter.

3-Cette démarche est inappropriée. Elle ne pourrait l'être sans que soit d'abord faits un état général des lieux et des études techniques d'opportunité. Il faut en effet que les mises à niveau immobilières fassent l'objet d'une décision cas par cas pour s'assurer que l'état et l'emplacement de la « coquille » justifient les investissements envisagés .

Il devrait y avoir là une approche patrimoniale d'ensemble qui ne saurait être dissociée de l'ensemble des programmes immobiliers nouveaux.

Il faut en effet se garder de rénover des taudis voués à la démolition et s'attacher à développer la construction et la rénovation d'un habitat de qualité pour promouvoir une mobilité générale « vers le haut ».

Ce procédé est sans doute inconstitutionnel. Une répartition des charges fondée sur un barème induit des césures et des effets de seuil qui sont autant de sources d'injustices. C'est un artifice pour déroger à la liberté des prix que l'on croyait instaurée durablement.

Au nom du principe de l'égalité devant la loi, la méthode envisagée est sans doute contraire à l'esprit de la constitution. Il serait nécessaire de substituer au barème une seule fonction mathématique continue applicable à tous. Ce serait sans doute un jeu d'enfant pour la polytechnicienne en charge de ces affaires au gouvernement et pour le mathématicien de l'assemblée converti à la politique !

Mais du côté de Bercy on semble encore ignorer que les bons comptes font les bons amis.

Tous comptes faits, nonobstant les questions de défense, il semble avoir manqué à notre pays un Napoléon Trois pour penser un plan général d'urbanisme et un Baron Haussmann pour en conduire l'exécution.

Un objectif chasse l'autre. Après la marche, vient le galop. L'évolution énergétique est une nouvelle feinte de l'obstiné Gribouille pour cravacher le cheval de Troie de la fiscalité.

Pierre Auguste

Le 16 octobre 2019

 



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