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Réformes en trompe-l’œil. Entreprises et fiscalité

RÉFORMES EN TROMPE-L’ŒIL. Entreprises et fiscalité

 

Notre République a connu la fureur de vivre. Elle aspire à la douceur. Par principe, elle désapprouve la violence. Elle la tolère dans la pratique. Elle travaille tout juste assez pour vivre, trop peu pour rembourser ses dettes. Elle devrait travailler plus pour pouvoir se réformer, et plus encore pour satisfaire son ambition d’universalité.

L’universalité peut attendre car nous ne sommes pas seuls à nous en occuper. Notre grand œuvre est de nous réformer. Sans faux-semblants. Il est presque devenu politiquement correct de le dire. Mais nous ne sommes pas au bout des résistances.

La société est en crise permanente d’adaptation. L’inertie des organisations génère des régimes routiniers. Des vagues erratiques viennent secouer comme coquilles de noix les vaisseaux des pouvoirs publics et toute la flotte de l’économie marchande. (Chocs pétroliers, guerres, épidémies, attentats, crises financières.) Tous ceux qui ont en charge quelque parcelle de gouvernance n’y voient d’abord que phénomène cyclique ou passager. En attendant des jours meilleurs, ils serrent tout ce qui peut l’être !

Faute de prévision, de préparation, de réflexes, d’action, de persévérance, de jugement, les faibles sont menacés de naufrage. Mais surtout, faute de provisions toute organisation est menacée de ruine.

Depuis la nuit des temps l’homme s’ingénie à faire des stocks et à conserver des aliments pour faire face aux crises. En témoignent les silos mis au jour par les archéologues dans l’habitat antique. Le démontrent encore les ménagères de tous sexes qui, à la moindre alerte, se pressent dans les magasins et en épuisent les stocks.

Les individus, les familles, les entreprises, les états et toutes organisations bien conduites ne se départissent jamais de réserves stratégiques. Qu’il s’agisse de finances, de nourritures, d’énergie, d’eau, de stocks nécessaires à la production manufacturée, rien ne justifie de passer outre le devoir de se ménager des réserves.

La dette est un « stock négatif » de moyens financiers qui accroît les vulnérabilités et les dépendances, diminue les moyens d’action par la charge des intérêts, obère la solvabilité du débiteur. Les A tombent-ils comme feuilles mortes ? Dans le temps même où, pour satisfaire les attentes du peuple souverain, nos dirigeants constitutionalisaient le principe de précaution, ils se sont risqués à creuser la dette publique !

Au-delà d’un certain seuil de simple logique, mais résultant aussi des accords européens, le débiteur perd toute possibilité d’action autonome, se trouve pris en tenaille entre les impatiences des citoyens et les craintes des créanciers. Le peuple souverain fait lui-même ses propres malheurs, dont le pire est l’esclavage. Les surendettés se condamnent à inventer de fâcheux expédients. Nos dirigeants sont inventifs. Chaque citoyen garde le souvenir des prouesses intellectuelles et oratoires qui l’émerveillent durant les épisodes budgétaires et à l’occasion des études des mesures propres à endiguer les déficits, réduire la dette, augmenter la compétitivité nationale. N’est-elle pas géniale cette idée de collecter l’impôt auprès des entreprises comme d’habitude et d’en rendre une partie sous condition, l’année suivante, sous forme de crédit d’impôt ?

Les entrepreneurs ont connu les cadeaux fiscaux qui consistaient à renoncer à certains prélèvements. Voici maintenant le crédit d’impôt qui permute le rôle du créancier et du débiteur. Les entreprises étaient déjà des collecteurs d’impôts. Les voilà promues au rôle de banquier. Elles seront sommées de prêter à l’état et à taux zéro un argent qui leur sera peut-être rendu après due justification administrative.

« Le point » a comparé l’État au sapeur Camember qui creusait des trous pour en boucher d’autres. On pourrait aussi le comparer à ce frais émoulu d’une très grande école chargé de rédiger la recette du café. Il s’en acquitta avec précision. On lui demanda d’envisager aussi l’hypothèse selon laquelle on disposerait déjà d’une casserole d’eau chaude. Le plan B fut promptement fait : 1 Vider la casserole dans l’évier. 2 Se reporter au cas précédent. Telles sont les vertus des institutions, elles en reviennent toujours à ce qu’elles savent faire. Chassez le primate, il revient au galop. Les allègements de charge sont un jeu d’enfant pour les bercycoteurs, ces dignes héritiers de Philippe le Bel.

Saluons l’artiste car son art du trompe-l’œil est sublime. Mais rappelons à la République comment s’est terminée l’histoire financière et fiscale, pour le citoyen Capet.

 

Pierre Auguste

Le 21 novembre 2012

 

 

 

 

 


 

 



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