Enligne : Editos

Réforme. Commencer avant la fin des palabres.

Réforme. Commencer avant la fin des palabres.

 

Avant de se mettre en marche il vaut mieux savoir où l'on va.

C'est une noble précaution d'homme d'action de disposer d'un programme assez global et ambitieux pour n'avoir pas à en changer en cours d'exécution.

Mais il lui faut aussi ne pas se fourvoyer dans des problèmes trop vastes pour être résolus.

Tout don Quichotte a besoin de son Sancho Pança. Mais à vouloir tout étudier et tout considérer avant d'agir, on finit par ...ne rien commencer.

Tout prétendant à quelque parcelle d'imperium doit d'abord se faire plébisciter par une masse suffisante de partisans. Mais il doit aussi se garder des plus zélés de ses soutiens qui veulent tout dévorer en l'instant. Malheur à celui qui ne sait pas modérer ses séides. Je recommande de prendre l'exemple de ce général Romain qui sut montrer à ses troupes les dangers de la précipitation.

Nous ne saurions trop rappeler aux ambitieux l'anecdote de la queue du cheval de Sertorius que nous avons déjà évoquée plusieurs fois ici, notamment le 4 juin 2018.

La morale en est d'une simplicité rustique : pour arracher la queue d'un cheval, il vaut mieux le faire poil par poil !

Nous pourrions peut-être essayer la méthode pour conduire à bien nos programmes de réformes sans recevoir quelque ruade populaire, ni un coup de sabot de cheval, ni un coup de pied de l'âne, ni même la rancune de la mule du pape.

Il vaut mieux ne pas s'embringuer ni se laisser embrigader dans ce monde politico-social qui tient du labyrinthe, de la fournaise et du champ de bataille.

Mais il est bien légitime de formuler quelques remarques douces-amères sur telle bonne idée venue à l'esprit des jeunes gens qui nous gouvernent mais qui en réduisent aussitôt la portée par telle autre mesure contraire et précipitée.

C'est notamment le cas de cette bonne idée de porter le montant de la pension de réversion pour accorder au survivant soixante dix pour cent des revenus de son ménage détruit.

Mais pourquoi diable a-t-il fallu que, dans le même temps, l'on s'abstienne d'en préciser la date de prise d'effet et que l'on en diffère le bénéfice par des considérations d'âge ?

Disons-le tout net c'est le résultat de l'étourderie et de la peur maladive de nos dirigeants d'enrichir les citoyens quand se présentent à eux les pires événements de leur vie.

La connaissance de l'histoire du travail féminin et de la précarité de nombreuses situations familiales devrait appeler les gouvernants a examiner avec réalisme la vague déferlante des problèmes que la démographie déverse déjà sur la société.

Les jeunes gens qui nous gouvernent semblent ignorer que la maladie, la dépendance, la vieillesse et l'isolement sont d'abord des catastrophes économiques qu'il ne faut surtout pas aggraver par la bêtise, l'inertie et l'autarcie des organisations sociales. Contrairement à cette idée fausse en vogue selon laquelle les besoins diminuent avec l'âge, les besoins de la vieillesse sont immenses !

Partie comme elle l'est, la société n'est pas disposée laisser aux individus et aux familles « résiduelles » assez de moyens pour assumer les difficultés qui les menacent. Et pis encore, l'actualité le montre tous les jours, la famille et la société elle-même sont hors d'état de prendre en charge collectivement la masse croissante des problèmes que ne pourront assumer les individus.

La génération des enfants gâtés par eux-mêmes est désormais aux affaires.

Elle doit commencer par donner quelques moyens à cette génération finissante qui a survécu à la guerre, aux restrictions, à la reconstruction et à l'essor de la société de consommation.

Pourquoi attendre la fin des palabres pour détacher et mettre en œuvre tout de suite les dispositions annoncées pour les pensions de réversion.

Le réalisme exige que la date en soit fixée. Et respectée.

Chronos n'attendra pas. Bientôt, les bénéficiaires les plus légitimes seront tous passés de vie à trépas ! Leur salut est entre leurs quatre planches.

Halte aux ajournements, aux faux-semblants, aux moqueries, aux duperies, aux faux espoirs, à l'impéritie. L'Histoire ne vous les pardonnera pas.

Allons enfants, soyons sérieux

 

Pierre Auguste

Le 18 décembre 2019 

 



769