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Redressement. Les outils sont là.

REDRESSEMENT. LES OUTILS SONT LÀ.

 

La France doute. Ses dirigeants affichent des certitudes. Mais leur communication n’est pas très communicative. La politique et l’économie ne sont pas des sciences exactes et flirtent parfois avec l’occultisme. Leurs religionnaires ont chacun leurs vertus théologales. Ils se soumettent à des idées fixes, se laissent aller à des spéculations, intellectuelles ou financières. Ils ne doutent de rien, sauf de ce qui ne procède pas de leurs intentions. Au pays de Descartes, la discussion n’est guère possible qu’avec ceux qui fondent encore quelque espoir dans le doute méthodique.

Sous l’affrontement des opinions perce aujourd’hui une belle unanimité : tout le monde veut un redressement qui passe par les entreprises. De gré ou de force.

Pauvres entreprises ! Les journaux disent qu’un dirigeant sur deux déconseille à ses proches de se faire entrepreneur. Il y a pourtant du pain sur la planche et bien des bouches à nourrir.

Les outils du redressement sont là nous dit-on. Mais en ce monde incertain chacun craint l’usage qu’il en sera fait et « révoque en doute » les promesses d’efficacité.

Le développement de l’emploi se voit-il accorder la priorité ? On lui accroche aussitôt des trains entiers de priorités prioritaires. Voici quelques wagons et quelques outils.

Les « emplois d’avenir » portent un joli nom. Certes ils satisferont leurs bénéficiaires. On peut douter qu’ils aient sur le chômage un effet quantitatif à l’échelle du problème à résoudre. Il sera bien difficile, dans des structures lourdes, d’affecter les nouveaux venus à des emplois utiles sans risquer de confier les mêmes tâches à des personnels de statuts différents ce qui porte en germe des conflits. On peut aussi craindre de donner plus de confort à des services qui n’en manquent pas et d’y « abonder » l’absentéisme que l’on entend dénoncer ici ou là.

Les « contrats de génération » partent d’un bon principe. La pratique dira s’ils correspondaient à un besoin réel. L’idée de transmettre des savoir-faire entre anciens et nouveaux est pertinente dans des métiers où les techniques sont stables, méritent et peuvent être transmises. C’est par une curieuse conception du progrès que l’on espère innover par la complémentarité des lacunes. Les effets qualitatifs et quantitatifs attendus risquent de se transmuter en effets d’aubaine difficilement contrôlables.

Le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi est une ingénieuse tentative d’adaptation de solutions existantes à des problèmes nouveaux. Par une bien singulière conception de la dynamique économique, on exhorte les entreprises à tenter l’impossible pour échapper à un désastre menaçant : prévoir l’imprévisible, recruter, investir, justifier tout acte de gestion, solliciter des prêts, satisfaire aux conditions et « seuils », fixés pour bannir toute velléité d’enrichissement et d'autofinancement…

Et voilà qu’avec des fonds publics, et sans doute avec la petite épargne privée, on va créer une nouvelle structure bancaire pour suppléer un système défaillant. Ce seront des fonctionnaires qui diront le bon et le bien de l’économie marchande, qui choisiront les projets, les entreprises et les hommes dignes de les porter. Vous avez aimé la crise des « subprimes ». Vous allez adorer les « surprimes » de la crise.

Cette machinerie servira plus que jamais des pouvoirs publics qui annoncent de lointains allègements des charges des entreprises, continuent leurs prélèvements comme aux temps heureux, accroissent à court terme la pression fiscale, vivent sereinement sur la trésorerie des entreprises. Mais le réveil sera douloureux lorsque l’inertie statistique aura permis de mesurer les conséquences des actions à effets différés : asthénie et mortalité des entreprises, délocalisations, étiage des impôts, ampleur de la dette, stagnation de l’économie et finalement débilité de l’emploi, cette priorité super-prioritaire.

Les ambitieux qui nous gouvernent sont intelligents et guillerets. Ils se jouent de l’économie, de la politique et du citoyen. Ils s’ingénient à tenter de bons coups sur le tapis vert d’un billard « multi-bandes ». Comme s’ils étaient seuls au monde.

Le citoyen est émerveillé par les effets de tant de talent et d’assurance.

Il est interdit de douter car les outils sont là. Mais où est le plan B ?

Pierre Auguste
Le 3 avril 2013

 

 



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