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Politique. Salut aux artistes

 

 

La politique est un art. Un art figuratif pour faire de la figuration et faire bonne figure en bonne place. Un art dé-figuratif pour démolir l'adversaire.

Les programmes sont établis pour se faire élire ou réélire. Les promesses annoncent que tout sera mieux qu'avant.

Les vainqueurs voient leurs réalisations confrontées... aux réalités. Leurs communications suppléent aux carences de leurs actions. Si on les en croit, tout est mieux que si les vaincus eussent gagné.


 

Comme l'essentiel est de se faire élire et réélire, la politique est un arts itératif. Pour ne pas en venir à résipiscence, il faut positiver et bannir les réminiscences négatives. Tous les mathématiciens vous le diront il suffit de tout multiplier par moins un.

Il ne reste plus alors qu'à valoriser les nullités.

Le politicien fait feu de tout art et de toute matière. Mais la littérature est sa prédilection.

La richesse de notre vocabulaire, la précision de la pensée littérale, les nuances de la pensée littéraire font de notre langue le vecteur privilégié des idées politiques. Sentiments et ressentiments, raison et déraison, persuasion et dissuasion, diplomatie et belligérances, bref tout ce qui anime ou inhibe les hommes y trouve des références, des justifications, des prétextes et appelle le concours de porte-plume professionnels. Ces derniers sont désormais des virtuoses du clavier, de l'euphémisme, de l'hyperbole, de l'amphigouri. Il s'agit là pour le Prince de trouver la perle rare qui s'engagera pour le servir par la production d'une littérature non engageante pour l'auteur putatif.

Le génie de l'écriture et l'art de persuader excluent les références trop livresques hors des réalités présentes ou futures. Le fond et la forme sont aussi indissociables que l'expérience et la culture. Le citoyen est désormais plus circonspect sur le choix des dirigeants, et sur la foi à accorder aux communicants, conseillers et autres sherpas.

Comme en toute autre discipline, en politique on ne peut guère se distinguer que par indiscipline. Il est donc devenu courant que les politiciens fassent connaître leurs ambitions personnelles par l'écriture de la biographie d'un personnage historique. Mais le candidat finit par oublier que l'esprit de finesse et une humilité de bon aloi sont nécessaires pour réussir de subreptices emprunts à son modèle propres à enrichir professions de foi et programmes.

Mais l'art de persuader ne saurait se suffire de l'écriture. Le texte n'est désormais qu'un condiment de la cuisine politique. Le citoyen ne croit guère que ses sens. L'esprit partisan recourt à tous les artifices pour l'embobeliner dans des conceptions immuables de la vie et se réclamer de l'opinion exprimée par les sondages.

L'image est la reine des imaginations. De la bande dessinée aux grands opéras préélectoraux, de la peinture à la sculpture, de la publicité au cinéma à grand spectacle en passant par la télévision, toutes les formes d'art sont mises à contribution.

Comme tout autre artiste, le politicien cultive ses techniques, se réclame d'une école et de ses modèles. Tel candidat se voit en Charlton Heston alias Ben Hur juché sur le char de l'état. Telle candidate rêve en secret de Rita Hayworth en sa danse des sept voiles.

Comme la peinture et autres arts graphiques, la politique a ses clairs-obscurs son pointillisme, ses aplats, ses pixellisations, ses impressions au soleil levant ou couchant, ses fauves, ses déstructurations, ses raccourcis, ses repentirs.

La sculpture inspire les mouvements de la politique. Voyez « L'homme qui marche » de Giacometti. Il est étique, manque de la matière, du muscle et de la puissance de Michel-Ange, de l'élan et de la concentration de Rodin. Rien pourtant n'a pu l'arrêter.

Les clips promotionnels grappillent leur musique dans tout le répertoire.

Pour terminer sur une note théâtrale, je dirai que j'ai volontiers les yeux de Rodrigue pour Chimène. Je ne sais pas pourquoi, mais ce m'est plus difficile d'avoir les yeux de Chimène pour Rodrigue !

Salut à toi, artiste de la politique ! Quels que soient ton bord et ton genre, « Va, je ne te hais point ». Comme ne le dit nul proverbe « qui point ne te hait , bien te taquine. »

 

Pierre Auguste

Le 31 octobre 2018

 

 

 

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