Enligne : Editos

Politique polyticienne

POLITIQUE POLYTICIENNE.

 

La République a ses rites. C’est un régal d’observer les barons d’aujourd’hui rendre hommage lige à leur suzerain.

 Dans son exorde à une question au gouvernement, une sénatrice inspirée lança cette phrase à tous vents et micros de son « hémi cyclotron » : « Le président a décidé de prendre les mesures imposées par la situation. »

 Ô logique captieuse ! Ô louanges cruelles ! On aurait pu trouver mieux pour se féliciter d’avoir un président qui s’impose et une situation qui obéit.

 Nul n’obéit plus qu’un roi disait le philosophe. La politique a ses raisons que même l’amour ne connaît pas dira l’esprit mauvais qui falsifie tout.

 Depuis un demi-siècle les hommes politiques ont tout dit, tout promis. Ils nous auront tout fait. Certain même a dit : « On a tout essayé. » Et nous, nous avons tout essuyé.

 La crise et le chômage ont commencé pour nous dans les années soixante-dix avec les chocs pétroliers. Nous avons vu depuis accéder au pouvoir des ambitieux plus aptes à la séduction des électeurs qu’à la résolution des problèmes. Mais la séduction est lassante et l’opinion changeante. Le peuple souverain, en ses petites folies, se mit en tête de promouvoir la providence.

 Presque à chaque élection nous eûmes le changement, mais jamais celui qui était annoncé. Ballotés par les vents de la conjoncture, nous avons oscillé entre socialisme libéral et libéralisme social. Soumis tantôt au principe de l’action et de la réaction, tantôt à celui de la réaction et de la contreréaction, nous avons tiré des bords qui ont fait de nous les champions des balbutiements, des discontinuités, des dérives.

 Nous avons expérimenté tous les types d’alternance et de cohabitation.

 C’est ainsi que nous avons eu les nationalisations, fer de lance de l’économie qui allait nous permettre de « tenir la ligne de crête des deux millions de chômeurs. »

 Nous avons eu les dénationalisations qui devaient libérer les initiatives et donner à l’état les moyens de ses intentions.

 En démocratie on accède au pouvoir par des promesses. On s’y maintient par des largesses. Les nécessités commandent. Les réalités n’en font qu’à leur tête. Le manque de prévisibilité des actes de gouvernance rend dangereuses toutes initiatives des citoyens et des entreprises. Annoncées à son de trompe doctrinale, les mesures nouvelles pointillistes sont vite estompées par l’opportunisme. Un flou chassant l’autre, les politiques se suivent et finissent par se ressembler. Quels que soient les tenants du pouvoir, la solution des vrais problèmes se fait attendre.

 Les changements sont symboliques et de vocabulaire. La taille, la gabelle et autres dîmes sont toujours là, joliment nommés prélèvements obligatoires. De droite ou de gauche, les aménagements fiscaux tombent dru, souvent à contretemps. (Bouclier fiscal…). Leur effet est trop différé pour influencer une crise fulgurante. (Crédit d’impôt compétitivité…).

 Plus encore que tout autre, les domaines de la sécurité sont affectés par les va et vient doctrinaux. Citons à comparaître, notre grand maître esthète es communication. (Nicolas Boileau ; 1636-1711). En le trahissant un peu, nous pourrions lui faire dire :

 Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage : Policez-le sans cesse et le dépolicez. Quiconque entre en politique fait vœu d’infaillibilité et s’interdit tout aveu d’insuffisance. Deux difficultés se présentent à lui dont nul ne sait quelle est la plus…irréductible :

  • Expliquer les écarts entre ses annonces et ses réalisations.
  • Choisir entre sauver la face et sauver la situation.

Le marasme économique est le fruit amer de la perte de toute confiance. Le retour à résipiscence sera impossible tant que tous les partenaires n’auront pas admis une certaine idée de l’utilité générale.Une entreprise n’a pas pour seule utilité de procurer un revenu à ses employés. Le capital n’a pas pour seule légitimité de grossir le capital. L’économie n’a pas pour seule finalité de fournir des subsides à l’état.

 La mise en confiance doit commencer par des accords et des partenariats bilatéraux. Et se poursuivre par la mise progressive en réseau de la confiance, sève de l’économie.

 Il reste à savoir qui, dans la belligérance générale, voudra le premier cesser de tirer.

Pierre Auguste  

Le 6 mars 2013



55188