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Politique. Le cap des bonnes espérances

POLITIQUE. LE CAP DES BONNES ESPÉRANCES.

Les géophysiciens nous mettent en garde contre une possible inversion du champ magnétique terrestre. Bah. Il n’y a rien là qui puisse nous émouvoir car depuis longtemps déjà les politiciens nous ont déboussolés. Les tenants du pouvoir nous disent tous les jours que le cap est fixé. Qu’il nous suffit de le suivre. Que nous n’en changerons pas.

Avec les hautes technologies, nos révolutionnaires sont devenus des conservateurs de cap. Où qu’ils aillent et quoi qu’ils fassent nos navigateurs ont le compas dans l’œil et se croient dans la bonne direction.

Les aspirants au pouvoir appellent à changer de cap. Mais le malheur veut que chacun ait le sien. Aussi le citoyen ne sait-il plus ni où il est, ni où on le mène, ni où on voudrait le mener. Il croise toujours au large de quelque inaccessible cap des bonnes espérances.

Certes le cap est fixé, mais continûment, tantôt par petites touches, tantôt par embardées, tantôt par complets revirements. L’équipage semble oublier que le vaisseau gouvernemental est immense et a de l’inertie. Pour les pachas de passerelle, comme pour les esclaves de fond de cale, il y a loin de la poupe au rêve.

L’enchaînement des manœuvres les mieux intentionnées est toujours plus lent que les éléments déchaînés. On attend d’abord pour voir si les mesures appelées par les situations difficiles sont vraiment nécessaires. On consulte avant de passer aux actes pour chercher d’impossibles consensus. On se prend dans la nasse de l’annualité budgétaire. On se soumet aux calendriers législatifs. On se résigne aux délais administratifs. On attend les décrets d’application. On se perd dans les réalités concrètes qui ne transigent jamais et imposent leurs tempos. On se complait dans les intrications.

Au moment précis où on lui annonce qu’il n’y aura plus d’impôts nouveaux, le contribuable reçoit les trombes qui avaient déjà pénétré coursives et écoutilles.

Mais chemin faisant, le cap le plus incertain et le plus évolutif est sans doute celui de la réforme du fameux millefeuille administratif.

Dans ses discours de haute venue le pouvoir affiche des assurances qui nous rappellent le principe d’incertitude d’Heisenberg. La route proposée devrait être un tout. Mais à chaque jour suffisent sa peine et ses oppositions. Et comme il se doit au pays de Descartes, la difficulté est fractionnée dans le temps et dans l’espace administratif « en autant de parties qu’il sera requis pour la mieux résoudre. » La feuille de route elle-même se transforme en millefeuille !
On tergiverse sur le nombre de régions. Ici on les voudrait nombreuses pour complaire aux barons. Là on les voudrait grandes pour leur donner plus d’autonomie et de moyens d’action en supprimant les départements. Ailleurs on veut conserver les départements au titre de la proximité. Nombreux sont encore ceux qui sont attachés à l’unité de la République. Par ailleurs, les étourdis n’imaginent pas la confusion que provoquerait la diversification des structures qui suivraient au plus près les contours des groupements humains.

Du haut des pouvoirs velléitaires on trace puis on déplace des frontières administratives, sans plus de considération pour la géographie humaine qu’aux temps premiers de la colonisation. On remet à plus tard la tâche « accessoire » de définir le rôle et les moyens d’existence de chacun des éléments institutionnels. Les administrations, notamment la préfectorale, sont en embuscade pour récupérer les prérogatives perdues lors de précédentes réformes.

Mais les faits divers de la vie collective sont autant de rappels aux réalités, que les réformateurs semblent ne pas entendre. Au titre de l’autonomie envisagée, telle région suscite de vives oppositions en prétendant se doter d’un aéroport et telle autre en constituant des réserves d’eau à des fins agricoles. Toute perspective de trouble met à bas toute velléité girondine en appelant l’intervention de l’immortel état jacobin.

La volonté autonomiste trouve des exutoires dans le folklore. L’esprit d’innovation trouve des champs d’action dans le retour à la nature et le retour à l’ancêtre. C’est ainsi que naissent et vivent le Champ du fou, Vulcania, le Futuroscope, les parcs animaliers, les grandes braderies, les festivals de toutes sortes… Certes tout cela peut avoir quelque vertu économique mais ne saurait suffire à construire un monde nouveau.

L’avenir économique n’est pas dans les structures, ni dans les mains de la classe politique. Il est dans le temps et les initiatives des hommes. Et d’abord dans leurs espérances.

Tout va trop vite aujourd’hui. Le siècle de Périclès doit être bouclé en un quinquennat.

Pierre Auguste
Le 26 11 2014



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