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Politique du logement 2 L'impossible expression des besoins

Politique du logement

2 L'impossible expression des besoins

 

Faut-il s'étonner que les besoins en logement ne soient pas tous satisfaits ?

Il ne peut en être autrement. Dans ce secteur de l'économie et de la vie courante, les décideurs sont innombrables, les intervenants divers, les responsabilités dispersées, les objectifs indéfinissables, les intentions changeantes.

Pour compléter ce tableau par quelques touches de noir sur noir, il faut constater que le logement est éclaté entre divers statuts. Les initiatives privées, commerciales ou individuelles, y sont prépondérantes mais désordonnées. Les initiatives publiques, multiples et conjoncturelles tentent, par un autoritarisme aveugle, de compenser les lacunes de la liberté d'entreprendre. Elles se manifestent par une politique versatile de production et de gestion des logement sociaux.

Mais le défaut majeur du système est la confusion des finalités. Les pouvoirs et offices publics, centraux, régionaux et locaux, sont toujours prompts à considérer le logement comme une source de profit fiscal pour abonder d'autres budgets en déclassant cette priorité pourtant vitale pour chacun des citoyens.

Nul ne peut prévoir avec précision les besoins en logement. Il est cependant possible d'inventorier, pour tenter de les influencer, les facteurs d'évolution.

En un peu plus d'un demi-siècle, l'expansion démographique, l'industrialisation, l'exode rural, l'évolution des mœurs et l'immigration ont changé la structure de la famille,

Il en est résulté une mutation qualitative et quantitative des besoins de logement qu'il est toujours plus difficile de satisfaire en temps utile.

Dans un premier temps, l'exode rural a induit une vague de constructions urbaines qui a amélioré le confort général, permis d'absorber dans l'urgence les reflux de populations produits par la décolonisation et les afflux de main d'œuvre importée pour nourrir l'essor industriel. Par mimétisme, il en est résulté une amélioration de l'habitat urbain ancien, de l'habitat rural permanent et la floraison progressive de résidences secondaires.

Ce fut le temps des fameuses trente glorieuses qui ne furent pas toujours si glorieuses qu'on ne croit puisque de nombreux grands ensembles, mal adaptés à la vie collective, composés de logements trop petits et de médiocre qualité, ont été voués à la démolition.

Et comme si tout cela ne suffisait pas à notre « bonheur », l'évolution des mœurs et l'allongement de la durée de la vie ont augmenté les besoin et compliqué les choses.

En devenant plus friables et recomposables, les familles ont multiplié non seulement les besoins quantitatifs de logement mais aussi les besoins d'espace.

La convivialité commande de pouvoir héberger les nouveaux membres et occasionnellement les «ex » ! La solidarité commande de ménager au moins une proximité avec les vieux parents, plus nombreux, malades et esseulés.

Et nous voilà maintenant embringués, pardon embrigadés, dans la rénovation urbaine et la transition énergétique !

On ne détruit pas une ville à seule fin de la reconstruire. Nous ne sommes pas assez riches pour multiplier les réserves nécessaires à la fluidité de la gestion et de l'entretien. Et nous ne savons pas faire pousser des villes comme des champignons.

Il faut de l'espace pour pouvoir construire. Il en faut pour vivre pendant les travaux. On ne peut rénover sainement qu'à l'occasion des mutations. On ne peut pas éradiquer les les personnes âgées, ni leur imposer des rénovations.

En résumé, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale le logement est en état permanent de crise entretenu par les chocs pétroliers et par les migrations produites par tous les malheurs du monde.

Allez-donc faire un programme et financer tout ça !

Écoutez les discours. Regardez les actes. Ils sont toujours à peu près les mêmes :

« Il faut prendre l'argent où elle est » Mais où est-elle ? Et que faut-il en faire ?

Que ceux qui ont des idées réalistes lèvent le doigt.

 

Pierre Auguste

Le 8 août 2018

 

 



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