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Pointillisme politique et transitions économiques

 

POINTILLISME POLITIQUE ET TRANSITIONS ÉCONOMIQUES

 

 

Les parlementaires et leurs travaux budgétaires pourraient faire penser à ces aïeules qui excellaient dans le tri des lentilles et dans les ouvrages au petit point de Tulle. Mais la minutie affectueuse, avec laquelle est examinée l’assiette de chaque impôt, rappelle plutôt celle de nos cousins primates épouillant leur progéniture.

Les pouvoirs publics sont moins regardants sur leurs dépenses. Oubliant le pointillisme, ils travaillent à gros points en finançant des agences qu’ils créent pour se simplifier la vie. Leurs actions sont conjoncturelles, multiples, redondantes, désunies, intangibles, pérennisées par des routines. Les incohérences ont fini par sauter aux yeux des experts. Les Ducs de Bercy y voient… l’absence de vue systémique et un manque de visibilité !

Nous avons bien vu croquer quelques aplats empruntés à la bande dessinée. Mais en regardant les artistes hausser la fiscalité au rang des beaux arts, nous attendons le vernissage avec inquiétude. Nos réformateurs ont des intentions si globales, si nombreuses, si ambitieuses, qu’ils ne savent ni par où commencer ni comment continuer. Ils nous abreuvent d’annonces et de programmes à géométrie variable.

Le partage des responsabilités, notamment ministérielles, appelle une coordination sans faille. Mais les annonces prématurées, les communications contradictoires, les revirements, le flou artistique des projets, la pixellisation des mesures, paralysent les entrepreneurs, brouillent l’image de la politique, discréditent ceux qui la conduisent.

Nous avons ici donné un modeste avis selon lequel il faudrait commencer par découpler les contraintes qui lient l’emploi et le logement et coupler les solutions offertes. Mais bien d’autres sous-systèmes entravent le grand système sociétal par une filasse bourrée de nœuds fiscaux, juridiques, administratifs, psychologiques. Dans un monde et une vie toujours transitoires, tout est condamné à l’échec par des transitions sans cohérence.

Rapporteurs et orateurs appellent de leurs vœux des « études systémiques ». Mais la pratique n’en fait qu’un instrument de communication car la démarche scientifique désignée par cette expression est pour eux trop longue, trop complexe, trop difficile.

La règle de l’art voudrait que chaque système ou sous-système soit circonscrit dans sa mission, distingué de son environnement, confronté à chacun des systèmes et sous-systèmes avec lesquels il est en interaction, intégré dans une validation globale. Contraintes, paramètres fonctionnels et interactions devraient être définis et optimisés en application du déjà vieux théorème de Bellman selon lequel, « sauf exception, l’assemblage de sous-systèmes optimaux ne constitue pas un système optimal ». L’action politique méconnaît ces rudiments qui ne sont guère mis en œuvre.

D’éphémères réformateurs prétendent engager une sorte de révolution générale plus durable que leurs coalitions. Ils dissimulent leur totalitarisme sous des bonhommies, révèlent leur indécision dans des jacasseries. L’incertitude des intentions, les renoncements, les pratiques évolutives, les effets de seuils, la législation pléthorique et retardataire, détruisent toute prévisibilité économique, inhibent l’esprit d’entreprise, freinent les investissements, diffèrent les recrutements. Des brouteurs de blé en herbe tondent les start-up. Les économies structurelles sont ajournées…aux prochains budgets.

On ne saurait attirer les investisseurs, donner confiance aux entrepreneurs et rasséréner les citoyens sans trancher le nœud gordien de la fiscalité auquel s’accrochent tous les éléments de la régie du grand chaudron budgétaire. Le vénérable principe de non affectation des recettes aux dépenses est battu en brèche par la communication institutionnelle qui veut faire accroire au contribuable que toute dépense nouvelle doit être accompagnée d’un impôt nouveau.

Toutes réformes et actions économiques devraient être inscrites dans une perspective à long terme sur la fiscalité et l’énergie. En effet, la succion fiscale est largement assise sur le pétrole dont le déclin est certain et la fin redoutable. Il faut se garder de reporter sur l’énergie cette fiscalité, asphyxiante pour l’économie. Méfions-nous de l’écologisme totalitaire qui rêve de restrictions et de rationnements de triste mémoire.

Arrière citoyen ! Place aux doctrinaires, aux blancs-becs, aux becs verts, aux béjaunes ! Il en est de toutes nuances, de tous niveaux, de toutes obédiences.

 

 

 

Pierre Auguste

Le 3 octobre 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 



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