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Petites remarques au fil du temps

Petites remarques au fil du temps

Nous revendiquons l'héritage culturel des Hellènes. Et pourtant nous cumulons des petites dépenses qui creusent une dette assez profonde pour ensabler nos grands projets.

Nos rois et leurs héritiers républicains ont toujours voulu oublier ce sage grec qui, méditant sur une plage, se posait la question de savoir combien il faut de grains de sable pour faire un tas de sable.

Nos dirigeants épouvantés commencent à mesurer le volume de sable que peut déplacer un misérable petit virus qui est une insoupçonnée force de la nature. Comme ils ont la comprenoire un peu lente, il leur reste à apprendre qu'une petite dette au long cours interdit d'en creuser une plus grande quand se présente une improbable et inopinée catastrophe.

On n'ose imaginer le désarroi que pourrait produire la concomitance de quelques autres menus-accidents non imputable à la malfaisance humaine. Notre frêle esquif terrestre en a vu d'autres au cours de son histoire. (Collision avec un objet cosmique, accident tectonique majeur, éruption volcanique gigantesque, glaciation de longue durée....)

Les politiciens portent aussi en eux quelques gènes issus de l'Empire Romain d'Orient. En 1453, on y débattait du sexe des anges alors que les Turcs s'apprêtaient à venir y mettre fin aux querelles Byzantines.

Depuis le dix-septième siècle, nous vivons au pays de Descartes. Et pourtant lorsque l'essentiel nous accable, nous aimons perdre du temps à opposer le subsidiaire et l'accessoire. Nous hésitons longuement quand il s'agit de distinguer le certain, l'éventuel, le possible, l'improbable, le souhaitable, l'indispensable, l'inéluctable. Il nous manque sans doute de savoir appliquer la seconde maxime de Descartes « imitant en ceci les voyageurs qui, se trouvant égarés en quelque forêt, ne doivent pas errer en tournoyant tantôt d'un côté , tantôt d'un autre... »

Le 18 septembre 1981, la République Française abolit la peine de mort. Déjà presque tombée en désuétude dans les jugements des tribunaux, elle était rarement prononcée, elle était en fait peu souvent exécutée. L'air du temps en fit un grand événement symbolique et médiatique.

Le nombre de vies ainsi épargnées par souci humanitaire est hors de proportion avec le nombre de vies perdues par récidive, par imprudence, par négligence, par ignorance, par impéritie collective.

La tragédie du coronavirus, que le monde entier est en train de « vivre », ne prouvera pas le contraire.

En l'an de grâce 2008 le ciel nous envoya un virus prémonitoire qui nous lança dans dans un grand programme de précautions. Lorsque se turent les alarmes, les mesures prises parurent superfétatoires aux gardiens de notre trésor évanescent et aux partisans de la défunte orthodoxie budgétaire.

En leur grande sagesse débridée, législateurs & décideurs, enfin unis, ordonnèrent l'aliénation des stocks matériels de sécurité constitués en toute hâte.

En l'an de disgrâce 2020 les puissances infernales nous envoyèrent la dernière version de leur virulence maligne. Le coronavirus Covid-19 allait terroriser l'humanité entière en épandant avec une rare efficacité la ruine, l'angoisse, la maladie, la mort. C'est un bijou de l'ingénierie délétère de la nature.

Chaque soir est désormais présenté aux survivants le morbide palmarès du jour.

Bonne nuit les petits. Avant d'aller dormir, prenez-donc encore une goutte d'ambroisie. Elle vous est offerte par les Dieux.

 

Pierre Auguste

Le 15 avril 2020

 

 

 



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