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La part du lion

LA PART DU LION


Ne tirons pas sur la fiscalité. C’est une usine à gaz créatrice d’emplois !
L’abus de position dominante, la fiscalité et la fraude fiscale sont sans doute trois de nos plus anciennes institutions. Déjà dans les cavernes les chasseurs donnaient quelque menu morceau pour nourrir celui qui restait pour protéger les femmes et les enfants.
Il est vite venu à l’idée de celui qui veillait aussi sur le garde-manger de prélever quelques fragments du cuissot que le mâle dominant réservait à son usage personnel et pour son proche entourage
Depuis ces temps lointains, peu de choses ont changé dans les principes.
Mais jamais l’homme ne se contente de ce qu’il a. Le contribuable estime trop lourds les impôts, les charges et les taxes. Le responsable des programmes trouve  les budgets trop étriqués. Le responsable des assiettes essaie d’élargir ses assises. Le responsable des recouvrements veille à tout, recoupe tout, se veut toujours plus sourcilleux.
Le responsable politique promet tout à l’électeur, s’attribue le mérite de toutes les réalisations, fait mine d’être étranger aux tracasseries qui les ont permises et de compatir avec le contribuable.
C’est ainsi que la société est en perpétuel besoin de réforme fiscale.
C’est pourquoi l’homme est inventif et prompt à multiplier les dispositions de détail et le nombre des personnes qui régissent les prélèvements.
Les dispositions surajoutées compliquent la vie des contribuables, multiplient les besoins en opérateurs fiscalistes hautement spécialisés. L’accroissement des effectifs de fonctionnaires, l’augmentation des besoins budgétaires, l’alourdissement de l’impôt sont les issues d’un processus jusqu’à ce jour inexorable et irréversible.
À défaut d’enrichir le citoyen, on enrichit le vocabulaire et la législation.
L’histoire de la fiscalité est riche de pratiques qui se différencient plus par les modalités de détail et par les appellations que par leurs finalités.
Les fiscalistes qui sont gens pointilleux font observer qu’il ne faut pas dissocier ces pratiques de leur contexte social et historique.
Soit. Mais la taille est devenue impôt sur les personnes physiques. L’une épargnait les privilégiés, l’autre exonère les défavorisés. Là se limite leur différence car Il y a toujours quelqu’un qui paye et manifeste son mécontentement. Il y a toujours des réfractaires qui cherchent à y échapper. Il y a toujours des préposés aux recouvrements. Il reste l’éternel débat sur l’assiette et sur la juste part de ceux qui, riches ou pauvres, travaillent beaucoup ou vivent agréablement sans trop se forcer.
Les impôts indirects que furent les aides, la gabelle, le minage, ont pris le noble nom de taxe sur la valeur ajoutée, prénommée TVA par ses intimes. La TIPP est venue en renfort car les véhicules d’aujourd’hui consomment plus de pétrole que ceux de l’ancien régime.
Les impôts communaux, départementaux et régionaux sont les dignes héritiers des droits seigneuriaux que furent les banalités, le cens ou le champart.
De nos jours il faut un immense savoir pour comprendre l’addition que l’on présente au contribuable sous l’obscure appellation de prélèvements obligatoires qui globalisent les impôts les taxes, les taxes parafiscales, les redevances et autres cotisations qui tombent sur la tête du citoyen par des voies diverses.
Il faut aussi un sens du devoir bien trempé, les reins souples et solides pour supporter la charge. Interrogez les professionnels du fisc. Ils vous expliqueront que, somme toute et bon an mal an, notre système n’est pas si mauvais et qu’il serait pire sans leur dévouement, leur avoir et leur sagesse. Mais ils ne savent sortir de la complexité que par plus de complexité.
La France semble partie pour une autre réforme fiscale qui, comme toujours, visera à prélever moins, avec plus de justice et plus d’égalité. Elle rêve d’un Bonaparte réincarné qui lui éviterait d’accoucher d’une nouvelle usine à gaz.
Mais attention ! Au jeu du gagnant/gagnant, il y a toujours quelques perdants.
Le Roi Lion a grand appétit. Pour lui servir sa part il faut de larges assiettes.

Pierre Auguste

Le 4 juillet 2007



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