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On peut toujours rêver

On peut toujours rêver

 

Comme Gaston Lagaffe, je m'étais endormi en sursaut. Devant la télévision.

J'y ai fait un « rêve étrange et pénétrant ».

Je présidais le conseil des ministres. La situation politique médiocre me préoccupait. Je devais mettre un peu d'ordre dans mes intentions politiques, insuffler des ardeurs nouvelles, infléchir les actions gouvernementales.

J'ouvris la séance par un constat de la situation telle je la percevais.

Ah ! Morbleu qu'c'est embêtant, cette politique patraque.

 J'ai la finance qui m'relance ;

J'ai l' budget sans objet ;

J'ai la dette qui m'entête ;

J'ai l'économie qui m'défie ;

J'ai l'industrie qu'est meurtrie ;

J'ai les usines qui s'débinent ;

J'ai les transports au point mort ;

J'ai l'agriculture en déconfiture ;

J'ai l'écologie sans chronologie ;

J'ai les syndicats en bronca ;

J'ai la foule qui s'défoule ;

J'ai les savants qui m'ignorent ;

J'ai la médecine qui m'bassine ;

J'ai les enseignants tous exsangues ;

j'ai la recherche qui se cherche :

J'ai des polices qui pâtissent ;

j'ai la justice subreptice;

J'ai la culture en plature ;......énumération à compléter par le lecteur.

 Ah ! Morbleu qu'c'est embêtant d'être harcelé tout l'temps.

 Je me risquai d'abord à prononcer un exorde solennel par lequel je comptais édifier les honorables membres de l'assistance.

« Mesdames et Messieurs, l'heure est grave mais la situation n'est pas désespérée.

Je suis le nonce de la République en ce beau territoire de France. Et je suis le grand Sachem de son peuple souverain.

Je fus prompt à m'implanter en cette noble place grâce à quelques amphigouris inspirés par les lois de la publicité. Mais j'y suis, j'y reste et je compte bien y rester. Que nul n'espère me voir renoncer, m'entendre me dédire et pouvoir annoncer : le roi est mort, vive le moi !

Ma courte pratique du pouvoir m'a déjà appris que la mission politique ne consiste pas à créer des besoins et à susciter des attentes que l'on ne saura pas satisfaire.

Quels que soient votre sexe et vos opinions, j'attends que vous obéissiez et communiquiez comme un seul homme !

En toutes circonstance, le réalisme, la contrainte du temps et la diversité humaine ont toujours force de loi.

L'histoire de notre unité, de nos révolutions, de nos guerres de religion et de nos conflits externes, nous impose comme premier objectif d'assurer la sécurité de tous les citoyens, de prévenir toute menace externe, de bannir tous risques de querelles intestines, toutes velléités de violence. »

 J'allais passer à la présentation de mon catalogue de propositions concrètes.

Des sautes du son de la télévision me réveillèrent, comme Gaston Lagaffe, par morceaux. Pour entendre dire que tout va déjà mieux pour nous-donc pour moi-dans ce fichu monde.

J'en ai oublié la suite de mon rêve. C'est d'ailleurs le principal intérêt des rêves politiques de pouvoir passer à la trappe sans que quiconque s'en émeuve.

Mais, fort heureusement, j'ai la faculté d'avoir une idée chaque fois que je me réveille. Cela m'incite à m'endormir souvent.

En cette occasion j'ai eu une idée que je me permets de livrer Urbi et Orbi. À titre gracieux.

Égalité des sexes oblige, je propose d'organiser un concours pour attribuer un prix qui serait attribué au couple politique le plus sexy de l'année.

Pour ma part je ferais la part belle à la pilosité. Je voterais pour notre plus belle et raide moustache tombante et pour notre plus belle et frisée tignasse montante. Elles sont assez complémentaires pour être identifiées, proposées à l'admiration des foules, honorer les serviteurs de nos valeureuses institutions.

 

Pierre Auguste  Avec la participation posthume de Gaston Ouvrard (1890-1981)

 Le 22 janvier 2020

 

 



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