Enligne : Editos

Les très riches heures de la fiscalité

 

LES TRÈS RICHES HEURES DE LA FISCALITÉ

 

La France est riche d’une très ancienne fiscalité. La République a reçu en héritage ce beau fleuron de l’ancien régime sur lequel veillent les conservateurs de patrimoine que sont les inspecteurs des finances.

La tâche serait surhumaine d’inventorier tout ce qui, au cours des âges, fut inventé pour faire contribuer le bon peuple aux dépenses régaliennes et régaler ses échelons administratifs.

Les impôts ont été servis à pleines assiettes sous des noms ingénieux qui n’ont rien à envier à ceux de la gastronomie.

Nous eûmes notamment la taille, la capitation, le droit de pulvérage, la gabelle, les octrois, le cens, les charges, les surcharges, les dîmes, les décimes, les taxes, les surtaxes, les tributs, les droits de mutation, les patentes, les redevances, les impôts sur les portes et fenêtres. Passons sous silence les appellations trop actuelles qui sont promptes à envenimer tout propos. Ayons toutefois une respectueuse pensée pour ces quatre vieilles auxquelles on promet toujours une cure de rajeunissement.

Depuis longtemps déjà nous tournions autour du pot de la fiscalité. La crise nous y a précipités. Nous y pataugerons longtemps car nous n’avons pas prise sur les bords lisses de ce qui ressemble plutôt au tonneau des Danaïdes.

Il faut prendre l’argent où « elle » disait-on naguère. Mais pour échapper aux prédateurs l’argent se cache ou s’enfuit pour s’employer ailleurs

Nous fustigeons le capital et réclamons des capitaux.

La crise dans laquelle nous nous débattons aura eu le mérite de mettre tout le monde d’accord. Il faut réformer

Il ne reste qu’à définir et à faire accepter le contenu de la réforme !

C’est un jeu d’enfant pour les aspirants au pouvoir. C’est un casse-tête chinois pour les têtes qui nous gouvernent.

Les historiens d’hier disaient que l’Autriche de François Joseph «était toujours en retard d’une année, d’une armée d’une idée. »

Les historiens de demain pourront dire à peu près la même chose de notre fiscalité.

Les progrès techniques et la mondialisation font évoluer les mœurs, multiplient et diversifient les produits taxables.

Avec nos budgets annuels on fait toujours «  comme l’an dernier » en modifiant à la marge. La marge est étroite car presque tout est engagé d’avance. Les promesses ne sont pas marginales. Les déficits se creusent. Les espoirs sont déçus.

Qu’on se rassure on trouvera toujours des biens et des services à taxer. Et encore plus vite des dépenses nouvelles à engager.

Un grand problème se profile à l’horizon.

La fiscalité actuelle est largement assise sur les produits pétroliers. Le pétrole est menacé d’épuisement. On cherche à lui trouver des substituts. Bon an mal an le génie scientifique et technique y pourvoit.

Le génie politique a le plus grand mal a trouver un substitut fiscal du pétrole. L’évolution comparative et ordonnancée des tarifs des diverses formes d’énergie l’annonce : l’inertie et l’incompétence menacent l’énergie de devoir progressivement prendre le relais. Or l’énergie est l’essence de tout progrès. Qu’on s’apprête donc à voir taxer le progrès.

Quoi qu’il en soit, trois menues difficultés subsisteront. Mettre assez vite à jour le grand livre des recettes et des dépenses. Convaincre le citoyen qu’il se doit d’être contribuable. Convaincre le contribuable qu’il doit payer.

La fiscalité a de très riches perspectives. Mais tout ceci est si compliqué que personne ne veut s’y risquer. Ceux qui veulent entraver toute évolution demanderont des débats. Ceux qui veulent tout enterrer demanderont des référendums.

Mais le long terme n’intéresse personne.

« Quand on demande à Panurge s’il aime mieux d’avoir le nez aussi long que la vue, ou la vue aussi longue que le nez, il répond qu’il aime mieux boire. »

 

Pierre Auguste

Le 10 novembre 2010

 



234637