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Le temps des sottises

Le temps des sottises

Plus j'écoute, plus je regarde et plus je lis, plus j'ai l'impression que le nombre de fous s'accroît sur cette terre.

J'en viens à penser que notre René Descartes national a dit une sottise lorsqu'il a déclaré que « le bon sens est la chose du monde la mieux partagée. » Mais je lui dois aussi d'avoir adopté dès mon jeune âge son principe de tout révoquer en doute, méthodiquement. J'en ai retenu la conviction selon laquelle mon esprit critique, comme le vin et le fromage, s'est amélioré avec le temps et le grand 'âge. Comme nous sommes entre nous, je vais vous faire une confidence : Jamais je n'ai été plus vieux, donc plus sage qu'aujourd'hui !

Je ne vais pas vous infliger ici la longue liste des sottises que vous et moi entendons proférer tous les jours et que j'ai renoncé à corriger.

J'ai donc cessé de chanter avec Guy Béart.

« C'est l'espérance folle
Qui nous console
De tomber du nid
Et qui demain prépare
Pour nos guitares
D'autres harmonies »

Il me suffit d'écouter la vox populi et de ne pas ajouter à la cacophonie. Le chœur des vierges et des jouvenceaux suffit pour chanter

Toutes ces fariboles

Qui caracolent

Dans les beaux esprits

Et pour demain nous préparent

D'autres inepties.

Il n'est pas inutile d'ajouter à l'affliction de l'humanité en rappelant toutes les horreurs commises par les hommes à travers l'histoire. Mais s'il est un sujet à aborder avec d'infinies précautions c'est bien celui de l'esclavage.

Voilà que des étourdis, ignorants de surcroît, ont entrepris de remettre au rang de leurs bonnes œuvres la question de la réparation de la calamité de l'esclavage.

Nul ne sait ni quand, ni où, ni comment, ni par qui, furent créés l'exploitation et le commerce de l'homme par l'homme.

Antique, historique, ou actuelle, cette pratique ignoble a pris tant de formes et a été établie en tant de lieux qu'elle doit être considérée dans son universalité comme l'une des composantes de toutes les civilisations.

Grecs, Romains, Égyptiens, Mésopotamiens, Africains du Sud, du Centre et du Nord n'ont pas attendu le monde occidental pour donner une valeur marchande aux hommes, aux femmes et aux enfants et en tirer profit.

Ce commerce ne s'est pas contenté de sa forme triangulaire et s'est répandu dans tous les azimuts.

L'Histoire est irréversible et ne peut se rejouer dans des situations renouvelables. L'humanité est en un perpétuel mouvement générateur de brassages et de dilutions. Aussi est-il vain d'espérer procéder à une juste désignation de responsables et de victimes.

Comment pourrait-on multiplier les catégories humaines sans amalgames ni discriminations ?

Dans le chaos de la démographie, comment pourrait-on établir des droits de succession ?

Comment pourrait-on comparer l'esclavage pratiqué dans le monde et le servage de type Européen ?

Dans les pays d'outre-mer, comment distinguer les comportements et les situations des esclaves réfractaires et celles des esclaves « collaborateurs » dévolus à l'encadrement ?

N'est-il pas temps pour les rêveurs de poser les pieds sur terre et d'appendre à rêver ?

Mais nul ne sait quand il finira, le temps des sottises.

Pour apaiser leur âme, certains écervelés militent pour établir une sorte de droit sempiternel de poursuite des atteintes à la dignité de l'homme opérationnel en tous lieux et en tous temps.

C'est vouloir établir dans le droit civil le péché originel qui doit rester confiné dans le domaine religieux.

Pour apaiser la société des hommes, les hurluberlus illuminés et les hurluberlues vengeresses seraient mieux inspirés de vouloir instituer un droit de virginité. Ce droit serait ouvert à la naissance de chaque enfant, afin que nul ne puisse être tenu pour comptable des actes antérieurs à sa naissance.

C'est une chose d'apprendre l'histoire. C'en est une autre de la vivre.

Commençons par foutre la paix aux innocents !

Pierre Auguste

Le 17 juin 2020

 



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