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Le petit monde des penseurs majuscules

Le petit monde des penseurs majuscules

Depuis qu'il s'est ouvert, le vaste monde a rétréci. Tout y est devenu plus compliqué. Chacun de nous dépend toujours de quelque autre.

 Les ambitieux ne doutent plus de rien, surtout pas de leur pensée. Ils se croient investis de la mission d'agir pour le grand bien de tous.

 Sil ne devait rester qu'un minuscule réfractaire à la pensée majuscule, je serais celui-là.

 Une longue série de conquêtes et de migrations plus ou moins collectives a partagé le monde entre des états plus ou moins reconnus. Des structures et organisations régionales ou fonctionnelles de tailles variées et de compétences diverses viennent s'y superposer. Elles sont plus ou moins légitimées par ce qu'il est convenu de nommer « collectivité internationale ».

 De l'organisation des nations unies à l'organisation des transports aériens en passant par les organisations mondiales du commerce, de la santé ou de la culture, il est hors de possibilité de toutes les énumérer et appréhender en quelques lignes.

Chaque pays a son histoire, sa culture, sa ou ses langues, ses mœurs, ses ressources, ses intérêts, la politique de sa géographies, ses « egos » nationaux.

Les penseurs les mieux pensants échafaudent des projets d'unification en une structure mondiale globalisante qui garantirait la concorde générale, protégerait les faibles, définirait une charte régissant les relations internationales, s'ingérerait dans l'application des « bons principes universalistes » censés régir la vie de l'humanité entière.

 Mazette ! Pour l'universalité et l'humilité, ils ne craignent personne !

 Mais le réalisme commande de considérer que « le concert des nations » est quelque peu cacophonique et ne saurait s'accommoder d'un chef d'orchestre.

 La masse de l'ensemble des organisations internationales est déjà une balbutiante Tour de Babel. Même dans un avenir lointain elle ne saurait constituer un unique Système Universel chargé d'une mission bien définie, compétent dans des contours bien précisés, disposant de moyens adéquats, et constitué de sous-systèmes subordonnés et cohérents.

 Nul ne peut ignorer que chaque état privilégie ses propres intérêts et cherche à optimiser son propre système. Tout élément éclairé du peuple souverain sait que, « sauf exception, l'assemblage de sous-systèmes optimaux ne saurait constituer un système optimal. »

Bien qu'on soit là au cœur des non-dits de la diplomatie, le moindre roseau pensant peut supposer que l'influence de chaque état est proportionnée à sa contribution financière et que les gros contributeurs subordonnent leur écot à la prépondérance de leurs positions.

 Il est dérisoire que chaque individu, chaque dirigeant, chacun de nos représentants dans les instances internationales, chaque maître à penser du pays des lumières, prétende apprendre au monde entier ce que doit être l'avenir de l'humanité.

 Les cerveaux musclés semblent ne pas le savoir : Avant d'exhiber ses biceps, il vaut mieux les avoir éprouvés dans les menus-travaux domestiques.

Mais chut ! Il est interdit d'importuner les importants.

 

Pierre Auguste

Le 29 janvier 2020

 

 



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