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Le devoir d'expression

Le devoir d'expression

 

Chacun a ses habitudes. Notamment pour s'exprimer. Le facteur sonne toujours deux fois. Le conducteur promet que le train sifflera trois fois. La femme de ma vie éternue toujours cinq fois. Mon Président de la République veut tout faire à la fois. Il fait les choses quand il peut. Et cent fois sur le métier il doit remettre son ouvrage.

Dans la diversité humaine, il se trouve toujours des gens pour vouloir que l'humanité devienne une ruche où chacun saurait ce qu'il doit faire et s'en tiendrait à son rôle.

Ils oublient que nos devanciers ont instauré le droit d'expression, mais il est venu dans l'air du temps de médire de tout et de tous. Et il est entré dans l'usage d'exprimer sans réserve tout ce que permettent la technique et le laisser aller juridique

Mais les abus d'expression suscitent toujours des réactions-réflexes abusives et autoritaires. Ainsi règnent autant de variantes du politiquement correct que de fractions de l'opinion. Il est désormais impossible de s'exprimer sans être sommé de se taire.

Internet, plateaux de télévision, édition, bouche à oreille, communications partisanes rivalisent pour « informer » le citoyen, mais au mépris des lois, de la morale, de la vérité. Sous couvert de pédagogie et de formation, chaque coterie s'applique à désinformer, transformer, fausser, enjoliver, insinuer, calomnier, menacer, semondre.

Chacun devrait contrôler ses réflexes car il n'y a qu'un pas entre la violence du langage et la violence physique.

Notre société semble avoir perdu l'échelle de ses valeurs. Sa violence première est celle de ses élites par leurs offenses à la logique. Souvenez-vous, c'était hier, votre professeur de philosophie vous décortiquait les finesses du syllogisme, de ses prémisses et de sa conclusion. C'était sous le haut-patronage d'Aristote et avec l'aide involontaire et posthume de Socrate :

Tous les hommes sont mortels, Socrate est un homme, donc Socrate est mortel.

C'était indéniable car Socrate était mort de puis longtemps !.

Mais la bonne vieille logique est apparue ringarde à notre jeune élite labellisée par notre plus belle école administrative qui délivre les laissez-passer politiques, économiques et financiers. Telle autre unité savante est à la fois concurrente, complémentaire, et plus sourcilleuse que la gent politicienne. Mathématiciens ou philosophes, d'austères gardiens du temple n'y transigent pas avec les contrevenants aux canons de la logique formelle.

Nul ne sait si c'est par ignorance, par manque de réflexion ou par rouerie, mais il semble bien que nos hommes politiques prennent des libertés avec la vérité de leurs prémisses.

Aristote n'en croirait pas ses oreilles si on lui présentait le syllogisme implicite concocté par l'union sacrée de nos fiscalistes bercyniens, bourboniens et gouvernementaux.

Tous les retraités sont aisés, Socrate est retraité, il devra donc payer les suppléments de la CSG avant de boire la ciguë.

Le jeunisme ambiant a condamné à jeûner tous les vieux, malades, impotents, dépendants, déjà en mal d'appétit.

Quand on le lui fait remarquer, le politicien commence par dire qu'il assume. Quand on lui met sous le nez la preuve de sa faute, il annonce qu'il va trouver une solution. Déjà il s'est remis au jeu d'enfant de la fiscalité qui tient du taquin, du mikado, du mistigri...

 

Quiconque a un peu vécu y voit venir un premier pas vers l'obligation pour les vieux de monter au cocotier !

Mais en nos temples républicains on n'offense pas que la logique. On y maltraite aussi les mathématiques par des agrégats inappropriés. On y insulte la sociologie par des amalgames. On y malmène la complexité, l'exhaustivité et les nuances par rapports et discours en trois points. On y méprise les citoyens en les prenant pour des demeurés.

Socrate, qui aimait faire trouver la vérité en posant des questions, poserait celle de savoir Combien de temps vont durer ces palinodies ?

En attendant la réponse, le citoyen recommence à compter ses sous, entretient des craintes pour ses économies, limite ses dépenses.

Et c'est ainsi que stagne l'emploi. C'est un devoir de le dire.

 

Pierre Auguste

Le 4 juillet 2018

 

 

 



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