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Europe. 5 L'angélisme Face aux casus-belli

Europe. 5 L'angélisme Face aux casus-belli

 

L'Europe a toujours été morcelée et ensanglantée par les ambitions. Il a fallu deux guerres mondiales dévastatrice pour commencer à l'unifier par quelques abandons de souveraineté.

Avec la mondialisation chaque pays d'Europe est confronté à une dynamique de l'adversité selon des lois à géographie et à contenus variables.

Les démons de la division sont toujours là. Tous les ambitieux de notre continent trouvent en l'idée européenne des prétextes pour de nouvelles batailles pour exister et accroître leur chalandise électorale.

Les uns y voient un tremplin pour faire de nouvelles conquêtes par un libéralisme bien ordonné qui commence par soi-même. Ils rêvent de constituer quelque géant domestique qui leur permettrait de rivaliser avec les géants exotiques.

Les autres y voient la cause de nos malheurs, l'excuse de leurs impérities, une monstruosité à abattre. Ils vivent dans le cauchemar de se soumettre à un géant apatride.

Ainsi tendent à se former et formuler autant de conceptions de l'Europe que « d'Européistes » et autant de conceptions de l'indépendance nationale que « d'anti Européens »

Ainsi prend une nouvelle vigueur cette expression d'Edgar Faure selon laquelle, il y a plus de soixante ans, il se proposait d'instaurer au Maroc « l'indépendance dans l'interdépendance ». Mais le verbe a peu de prise sur les réalités.

Plus que jamais, tout devient compliqué et nous devons vivre sous le règne des contradictoires. Ainsi en est-il de la gestion de l'eau que nous avons prise en exemple dans notre précédente chronique. Il faut que nos lacs de barrage soient pleins pour réguler le débit d'étiage des cours d'eau, pourvoir aux besoins de l'agriculture, refroidir nos centrales nucléaires, stocker de l'énergie. Il faut qu'ils soient vides pour prévenir ou limiter les crues. Il faut donc mettre les vannes en de bonnes mains et informer en temps utile tous les utilisateurs et tous les gens concernés.

La grande querelle de l'immigration peut dans une large mesure être éclairée par une analogie hydraulique.

Tout y est dans le vocabulaire. Il y est question  de flux et de reflux à mesurer et à réguler, de barrages à construire ou à détruire, de robinets et de vannes à ouvrir ou à fermer.

Les contradictoires sont reines en tous pays malgré tous les efforts des communicants qui prétendent faire ou défaire les opinions sur commande de ceux qui les rémunèrent.

Il restera toujours mille et une manières de considérer ou de déconsidérer l'immigration.

Les gens bien établis y voient un utile apport de main-d’œuvre à bon marché susceptible de prendre en charge les tâches industrielles et de services commerciaux, sociaux ou ancillaires peu prisées par les ressortissants nationaux.

Les bonnes âmes y voient un devoir humanitaire inaliénable mais laissent à d'autres les soins de l'exécution, du financement, de la résorption des conséquences.

En leur infinie variété, les doctrinaires de l'identité veulent sauvegarder leur culture, leur langue, leur religion, leurs valeurs, leurs modes de vie, leurs lois.

En leur diversité croissante, des nouveaux venus veulent rester fidèles à leurs origines, militent pour le regroupement familial, rêvent de subversion, s'adonnent à des pratiques barbares, prétendent substituer leur foi religieuse aux lois des pays qui les accueillent.

Et lorsque l'on aborde les questions de défense, les contradictions gagnent en nombre et en force. Les peuples veulent vivre en paix et considèrent comme un luxe d'avoir des ennemis. Les naïfs installés ne veulent ni voir ni entendre les illuminés de la terre entière qui prêchent et pratiquent la barbarie. Leur arme de dissuasion est l'angélisme ! Il reste aux états et aux peuples souverains d'Europe à regarder les menaces en face et à se garder de faire « casus-belli » de tout.

Avant de retourner en son Lugdunum, notre helléniste de l'Intérieur eût été bien inspiré de nous parler un peu de Sparte, « protégée par un mur d'hommes et non de briques ».

Pierre Auguste

Le 24 octobre 2018

 

 

 



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