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L'économie vue d'ailleurs

L'économie vue d'ailleurs

 

Les astronomes sont saisis par le démon de la chasse aux exoplanètes. Ils en cherchent et en trouvent maintenant dans d'autres galaxies. Ils ont là de quoi s'occuper pour l'éternité entière.

J'ai une affection particulière pour les exoplanètes de l'étoile Cervantès qui portent les noms de Quichotte, Dulcinée, Rossinante et Sancho. Elles me rappellent quelques géants zélés qui n'étaient pas tous des moulins à vent.

Ces références nous permettront de prendre du recul pour observer notre économie un peu terre à terre.

Malgré son évolution, l'animal humain n'a pas perdu son animalité. Comme le loup il est resté grégaire, hiérarchisé pour le partage de la nourriture, cruel envers ses congénères.

Selon Thomas Hobbes (1588-1679), « àl’état de nature l’homme est un loup pour l’homme, à l’état social l’homme est un dieu pour l’homme ».Selon Alain (1868-1951) « ...un amas d'hommes peut faire une redoutable bête. » Ces deux philosophespeu prisés par les ambitieux, se méfient des hommes de pouvoir. Ils s'accordent pour penser qu'il n'y a guère qu'un Léviathan qui puisse imposer à l'homme quelque modération.

Comme le lion, l'homme le plus plus fort se fait la part belle. Le roi lion commande dans l' l'intérêt général et veille à ses intérêts qui lui ouvrent le droit de commander. C'est ainsi que l'économie se paie le luxe d'être fin dernière et moyen préalable.

L'appât du gain a toujours été l'un des grands moteurs de l'économie. Mais que serait-il sans ces acolytes indispensables que sont la division du travail, la spécialisation, l'esprit d'entreprise, les échanges, la maîtrise des coûts, la qualité de la production, la formation du personnel, le courage et quelques autres ingrédients tombés en désuétude comme l'enthousiasme et le respect des engagements.

Commencée localement dans la famille, la division du travail s'est progressivement étendue, à tous les niveaux de l'organisation sociale et politique.

La mondialisation de l'économie, la division internationale du travail et les transferts de technologie ont certes réduit la pauvreté des pays pauvres et enrichi les riches d'ici et d'ailleurs. Mais cette économie ouverte est désormais contestée. Un mouvement mondial oppose des pays jusqu'alors unis, oppose en chacun d'eux les bénéficiaires et les relégués du système dont les capacités techniques, commerciales ou financières ont été mises à mal par la concurrence.

Cette fracture nouvelle accroît les incertitudes politiques et économiques d'un monde dangereux. Par les migrations s'exportent et s'importent toutes sortes de populations en opposition ou en conflit. Il en résulte, des pressions commerciales voire des embargos et autres mesures coercitives occultes et contagieuses.

Il est donc impératif pour les responsables de ne pas établir de liaisons dangereuses et de ne se soumettre à nulle dépendance sans garantie et sans réciprocité.

Le libéralisme trouve vite des limites dans les entreprises peu enclines à s'embarrasser de diplomatie. Et la diplomatie devient vite inopérante quand les passions se mêlent aux intérêts.

Tout dirigeant avisé consulte le monstre froid qui l'habite et lui rappelle que l'économie ne doit pas tomber en panne et ne saurait s'affranchir d'un minimum de dirigisme ni déroger aux règles de fonctionnement des systèmes complexes.

Toutes les composantes de l'économie étant intriquées, il est de la responsabilité de l'état de s'assurer que tous les acteurs se préparent à prévenir tout incident et en limitent les conséquences en définissant des modes de fonctionnement en mode dégradé comme on sait faire dans les transports aériens. Autant qu'il pourrait en être nécessaire.

Au terme de cette lointaine et brève perspective économique nous laisserons le dernier mot à Cervantès pour faire allusion à l'éternelle et épineuse question des rémunérations. Sancho « ne désire point acquérir le renom de valeureux, mais celui du meilleur et du plus loyal écuyer ». Il espère que son « seigneur don Quichotte, reconnaissant ses nombreux et bons services lui donnera quelqu'une des nombreuses îles que sa Grâce assure qu'il ramassera par là. »

On croirait entendre quelque jeune ambitieux d'aujourd'hui qui attend que quelque mentor lui procure quelque quelque grand fief électoral ou quelque pantoufle dorée en quelque grande entreprise.

Voilà comment le personnel politique se laisse gagner par les sirènes de l'économie et par le démon des prétentions astronomiques.

Il y a en chaque homme quelque chose de don Quichotte et quelque chose de Sancho Panza. Et voilà que Dulcinée, Thérèse et Sanchita viennent troubler le jeu avec des rêves de chevalières à la mi-triste et mi-souriante figure !

Hormis le vocabulaire, le costume, la manière de se nourrir, l'environnement technique, la démographie, il n'y a rien de bien nouveau sous notre soleil.

 

Pierre Auguste

Le 28 novembre 2018

 

 



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