Enligne : Editos

Internet. Liberté d'expression et traçabilité

 

 

L'humanité a mis longtemps a comprendre qu'Internet est un nouvel avatar de la langue d'Ésope. Il a fallu et il faut encore tout essayer. Pendant l'inventaire les affaires continuent.

Internet est un Zinzin interlope, héritier de la machine à écrire, avec lequel on peut écouter, parler, s'instruire, commercer, traficoter, débattre, voter, commander, converser, médire, calomnier, comploter, draguer, batifoler...Et sévir.


 

Saperlipopette ! C'est en même temps, un dicoscope, un endoscope, un épidiascope, un kaléidoscope, un fantasmascope, un éditeur d'horoscopes, un iconoscope, un magnétoscope, un microscope, un négatoscope, un périscope, un spectroscope, un télescope, un trombinoscope...

On peut désormais tout dire et tout voir dans toutes les situations, sous toutes leurs coutures, en toutes leurs déchirures : les choses, les êtres humains, la société. Sous le signe de la mobilité on peut faire autrement tous les échanges de la vie, jusque sur les trottoirs, au ras des caniveaux.

De l'écriture, à l'informatique, aux réseaux et à l'intelligence artificielle en passant par l'imprimerie, le journal, le téléphone, la radio, la télévision, l'histoire a toutes les apparences d'un éternel recommencement. L'apparition de toute nouveauté dans les outils de communication semble toujours obéir à la même dynamique.

Les gens installés dans la société s'estiment déjà bien informés. Ils ne voient pas d'emblée l'intérêt de changer leurs habitudes. En toutes les péripéties de l'évolution humaine, ils ont été enclins à penser que l'information, le savoir et les outils de la pensée ne doivent pas être mis en toutes têtes et en toutes mains.

N'en déplaise aux bonnes âmes il y aura toujours des inégalités d'aptitudes. N'en déplaise aux grands esprits, rien ne pourra arrêter le lent mouvement d'émancipation des exclus. Tôt ou tard, le spectre entier des protestataires et des protestations finit par se manifester. Des simples vœux, aux révolutions en passant par les jacqueries, les mazarinades, les manifestations pacifiques, et les exactions rouges, jaunes ou noires, les grèves et les blocages de toutes sortes et de toutes durées confrontent intellects et bons sentiments, rêves et réalités.

Dans l'espoir de recouvrer leur liberté de manœuvre et d'inhiber les oppositions, les tenanciers du pouvoir tentent de prendre le contrôle des idées et de leur expression. Leurs moyens d'action préférés sont déployés en réflexes quasi pavloviens : la « pédagogie » faux-nez de la propagande, la « communication » faussaire du langage, la censure » extinctrice de la pensée, la « législation » limitative des libertés.

Pour ménager ses proches, se préserver des hiérarchies, s'affranchir des contraintes, déjouer les interdits, désarmer les critiques, le citoyen-penseur a depuis fort longtemps inventé l'anonymat et pratiqué la pseudonymie. Des puristes étourdis voudraient bannir sur Internet cet espace de liberté trop facilement accessible par les littérateurs de vespasiennes et les héritiers des faiseurs de graphitis orduriers sur les murs des monuments publics.

Faudrait-il interdire la réédition sous leur pseudonyme des œuvres de Jean-Baptiste Poquelin, François-Marie Arouet, Henry Beyle, Amantine Aurore Lucile Dupin, Lev Aslanovitch Tarassov, Philippe Joyaux...et de quelques autres ?

Faudrait-il destituer le cumulard Roman Kacew de ses deux prix Goncourt obtenus sous deux pseudonymes différents ?

Et voici que les lumières d'Internet attirent les hommes comme mouches ou papillons. Chacun et chacune rêvent d'y briller.

Le ruffian n'a cure de la vérité. Sous couvert de l'anonymat, par plaisir il cherche à détruire tout ce qui marche dans la société, à nuire à autrui en se soustrayant à ses responsabilités juridiques.

Le sage est un ascète hors du temps en quête d'authenticité. Sous un pseudonyme, il se protège des rétorsions hiérarchiques, des représailles des idéologues contrariés, de ceux qui tirent sur tout ce qui bouge. Son pseudonyme est en général assez stable pour être traçable par la justice.

Internet a la vertu de rappeler cette fable de Jean-Pierre Claris de Florian (1755-1794) dans laquelle le grillon enviait le papillon,...

« jeune, beau, petit maître, il court de fleurs en fleurs »....

« Arrive une troupe d'enfants... pour déchirer la pauvre bête...

Oh !Oh ! dit le grillon, je ne suis pas fâché ;

Il en coûte trop cher pour briller dans le monde.

Combien je vais aimer ma retraite profonde!

Pour vivre heureux, vivons caché. »

 Donnons du cachet à nos œuvres. Oublions un peu le cachet de la rétribution et le cachet de l'administration.

 

Pierre Auguste

Le 26 février 2020

 

 

 

 

 


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