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Intelligence Artificielle. Mythe et Perversité.

Intelligence Artificielle. Mythe et Perversité.

L'intelligentzia n'a pas peur des mots. Ses foucades et son génie créateur, mettent l'intelligence artificielle dans l'air du temps. Elle s'en entiche. Elle nous en promet. Elle nous en menace. Elle nous en bassine.

Les amateurs de progrès ne croient guère en la génération spontanée et estiment que l'intelligence naturelle doit rester maîtresse du devenir humain. Ils y voient un mythe utile aux communicants pour promouvoir des produits nouveaux, costumer fonctionnalités et projets d'un vocabulaire flamboyant. La raison leur commande de se méfier des promoteurs de l'imaginaire et d'attendre de voir les réalisations concrètes avant de se joindre à leur troupeau. L'innovation naît de l'individualité. Son succès est fille du conformisme.

Pour exister, chaque individu se met à l'heure des engouement de sa génération.« Qui n'a pas son yoyo n'est pas à la mode ! » entendait-on crier sur les marchés de ma petite enfance. Après le diabolo et le hula hoop, le smart phone a aujourd'hui pris place en nos poches, en nos sacs et sur nos trottoirs, en passant par nos écrans.

Cette quête continue du nouveau, la multiplication et la succession des objets se manifeste notamment dans l'horlogerie qui est le témoin et l'étalon du temps qui passe. Chacun a pu voir les montres de luxe prendre la tête et pulvériser les records de la course à la publicité.

Déjà, plusieurs siècles avant notre ère, le temps était compté et mesuré par des clepsydres désormais classées dans la catégorie des horloges hydrauliques. On mesurait le temps de transvasement de l'eau entre deux récipients placés à des altitudes différentes. Le moteur en était déjà la pesanteur. La précision variait en fonction du niveau et de la température de l'eau. Sans le savoir, l'intelligence humaine faisait les premiers pas de la mécanique des fluides.

Tout naturellement, l'intelligence a affranchi l'homme de la variation de la pesanteur et de la viscosité de l'eau en utilisant le sable qui a des propriétés bien différentes. Ainsi naquirent le sablier et les prémices des écoulements granulaires, fondements de notre moderne mécanique des sols instables et éléments constitutifs du corpus de la rhéologie qui lie toutes les sciences de la déformation et de l'écoulement de la matière comme la plasticité, l'élasticité, la fluidité, la viscosité, la résistance, la résilience...

L'horloge à poids, à balancier et à ancre mécanique d'échappement a prolongé la vie motrice de la pesanteur. Mais désormais le moindre équipement ménager ou de viabilité immobilière est nanti de quelque horloge électronique à programmer, à mettre sur son fuseau horaire, en fonctionnement ou en veille, en pressant sur des boutons multi-fonctionnels.

Les systèmes ou matériels nouveaux et les pratiques intellectuelles ne pouvaient échapper à la vague d'insertion de logiciels massifs ou d'algorithmes parcellaires. Mais il est présomptueux d'élever cette tendance au niveau d'une prétendue intelligence artificielle.

L'intelligentzia littéraire, commerciale, sociétale ou politique a la science infuse. Et confuse. Elle pratique volontiers l'hyperbole pour éblouir par des artifices le lecteur, le chaland, l'affidé, l'électeur.

Ici ou là, on s'essaie déjà à programmer les décisions de véhicules autonomes qui choisiront le scénario et les victimes d'un accidents en fonction des conséquence pour le constructeur, pour le conducteur, pour le véhicule adverse ou pour un tiers qui, malencontreusement, se trouverait dans les parages.

Ce n'est plus de l'intelligence, c'est de la perversité !

Peut on parler d'intelligence de systèmes dont la mission est de pure exécution, programmée en ses moindres détails ?

Il est urgent pour les penseurs de réviser leur Rabelais selon lequel « Science sans conscience n'est que ruine de l'âme »

Tout autrement, le scientifique cogite. Il doute de tout ce qu'il ne peut observer, démontrer, expliquer, quantifier, reproduire. Il sait que tout savoir et tout passage à l'acte sont adventices car ils ne naissent pas spontanément mais sont déclenchés par des causes extérieures, même dans les plus beaux esprits. Les apports et implants du savoir-faire numérique lui semblent partiels et ne sauraient être que des adjuvants des systèmes auxquels ils sont intégrés.

Nul n'a jamais vu un logiciel qui ne procède pas de l'intelligence humaine.

L'homme doit apprendre à ne déléguer aux machines que ce qu'il sait faire, soit conforme aux lois et aux règles de l'art, ne déroge pas à une élémentaire morale. Mais cela suppose que le législateur soit plus intelligent, plus clairvoyant, plus prompt que « l'artificier ».

L'avenir nous promet des réveils difficiles.

Interrogez François Villon :

Dîtes-moi où, n'en quel pays

Est l'intelligence artificielle

Qui fera fondre la naturelle

Comme les neiges d'antan ?

Pierre Auguste

Le 13 novembre 2019 

 



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