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Idées dans l'air du temps. 2-D'une industrie sans ouvriers à une agriculture sans cultivateurs.

Idées dans l'air du temps. 2-D'une industrie sans ouvriers à une agriculture sans cultivateurs.

Nous sommes riches de gourous de toutes sortes. Et de tous genres, même si ce mot n'a pas de féminin. Notre enseignement supérieur contribue à la production des gourous laquelle ne connaît ni le gel, ni la grêle, ni l'inondation, ni la sécheresse. Bon an mal tout haut-diplômé parvient à se caser en quelque sinécure.

Administrations et entreprises passent peu à peu sous l'emprise de l'un de ces animaux qui aiment s'entourer d'approbateurs et garder secrètes laurs opinions sur les sujets controversables. Le gourou se montre plutôt sec sur le fond quand il s'exprime es qualité. Hiérarchies et langue de bois obligent. Il est plus onctueux et inventif dans ses publications personnelles qui lui permettent d'arrondir ses fins de mois.

Il préfère concocter ses décisions en comité restreint et s'y tenir avec fermeté surtout lorsqu'elles risquent d'être entachées par des outrances et des gourances.

Rien ne met le gourou à l'abri des lubies contagieuses qui frappent parfois les hauts-responsables. Bien qu'ils affichent une indépendance farouche, ils agissent en fait sous l'emprise d'intérêts particuliers, notamment ceux de la religion financière.

Il y a deux décennies se propagea cette idée selon laquelle l'avenir de l'économie en général et de l'industrie en particulier allait être dans les tâches nobles d'étude, de conception, de commercialisation. Notre intelligentzia nationale voulut y voir une justification de son aversion séculaire pour les « viles » tâches de production et d'exécution.

C'est ainsi que fut conceptualisée la pratique des entreprises sans ateliers et que furent externalisés, délocalisés et exportés des pans entiers des activités qui nourrissaient le peuple.

C'est ainsi que disparurent des enseignement et des savoir-faire devenus « inutiles. »

Le tarissement du marché de l'emploi national en certains métiers priva de de nombreux citoyens de toute possibilités de pourvoir à leurs besoins. Il en résulta pour notre pays la création de dépendances internationales sans réciprocité.

Oubliant quelque peu le « rôle social du dirigeant », de nombreux dirigeants ont estimé plus commode et plus économique de combattre la misère du monde que d'améliorer la condition de leurs employés nationaux.

Le chômage, la paupérisation des individus sans qualification commercialisable, des formes nouvelles d'esclavage, la disparition de nombreuses activités économiques, étaient sur le chemin.

Une vingtaine de décennies plus tard, un même principe conduit à des résultats similaires pour l'agriculture.

Les responsabilités en sont plus diffuses mais tout aussi délétères. Un consensus subreptice semble s'être établi entre les consommateurs toujours plus exigeants, les politiciens toujours plus évasifs, les responsables de la distributions toujours plus inventifs et quelques groupes de production nationale toujours plus avides de belles assises internationales. Comme d'habitude, pour ériger un monde meilleur « on désignera le plus faible pour avoir l'honneur d'être mangé ! 

Pour notre cher vieux pays, autrefois fier de son autonomie alimentaire, il ne faudra pas « cinq ou six lustres pour que les vivres viennent à manquer. »

La République qui n'avait déjà besoin ni de savants, ni d'ouvriers, ne tardera pas à n'avoir nul besoin d'agriculteurs.

Et le monde entier sera à nos pieds pour satisfaire nos appétits.

Pierre Auguste

Le 11 décembre 2019

 



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