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Fiscalité. Les très riches heures des ducs de Bercy

FISCALITÉ. LES TRÈS RICHES HEURES DES DUCS DE BERCY

 

 

 

Rien n’est nouveau sous le soleil. Le monde continue de tourner anormalement.

Le gouvernement est rentré de ses vacances « attentives ». Il n’a pu lui échapper que notre civilisation est retombée en enfance et que le citoyen attend la tétée.

Armé de sa logique implacable, l’homme continue sa marche prodigieuse dans le temps et dans l’espace. Il croyait descendre du singe mais il a appris cet été qu’il est un singe comme un autre. Il va devoir désormais regarder d’un autre œil son voisin, ses proches et son miroir. Cela l’occupera, le temps de dénombrer ses cousins et d’attendre l’exhumation de la prochaine antique mandibule.

Un autre scoop de l’actualité estivale aura été l’accès des gauchers à la gloire sportive. La grand-messe des jeux olympiques a hissé au pinacle les plus beaux échantillons de la triomphante descendance de Lucie, et autres aïeules de l’humanité. Ce fut l’occasion de rappeler au monde l’excellence des Britanniques qui émerveillent l’univers en réussissant à faire rouler à gauche tous leurs visiteurs.

Chez-nous, le nouvel équipage du vaisseau national barre plus ou moins résolument à gauche pour changer le sens et le rayon de nos ronds dans l’eau. Tous comptes faits, notre longue tradition fiscale est sortie saine et sauve de ce qui ressemble à un naufrage.

Les chanceliers de nos chéquiers sont toujours inventifs. En dignes héritiers de Vespasien et de Philippe le Bel, ils manifestent leur créativité dans les appellations plus que dans la nature des impôts. En ce domaine on a tout essayé et presque tout conservé.

Grosso modo : L’impôt sur les latrines est devenu taxe d’assainissement. La taille est devenue impôt sur le revenu. Les fouages et l’impôt sur les portes et fenêtres sont appelés taxe d’habitation. Les droits seigneuriaux sont devenus impôts locaux. La gabelle et les octrois préfiguraient la T.V.A. Le droit de pulvérage, qui compensait les nuisances de la poussière soulevée par les troupeaux, s’est transmuté en taxe carbone selon le bon vieux principe du « pollueur payeur » …

Bref ! Il existe tout une généalogie des prélèvements qui régale et occupe les spécialistes. « L’état-civil  fiscal » français est riche de quelque 214 « taxes et impôts citoyens » qu’il faut nommer, recenser, classer, asseoir, recouvrer…Directs ou indirects, des activités agricoles aux alcools, en passant par l’assurance et le secteur médical, les impôts étendent leur empire sur tous les secteurs de la vie économique, sociale et individuelle.

Pour le contribuable, la fiscalité est une infortune quelque peu aveugle. Dans sa grande sagesse, et pour financer les petites folies, le législateur a inventé les niches fiscales. C’est ainsi que naissent et prospèrent les usines à gaz censées tempérer l’arbitraire normatif qui accompagne la recherche de l’égalité et de la simplification.

Mais quoi qu’on fasse, la fatalité historique commande. Les pouvoirs et services publics sont à la fois prodigues et « pauvreteux ». Ils n’ont jamais assez d’argent pour tenir les promesses faites pour accéder à la gouvernance.

Tous ceux qui comptent ou espèrent compter, côté cours ou côté jardins de notre république, sont inventifs pour créer, renommer, déplacer, asseoir, charges et taxes.

Nous avons entendu ces jours derniers une jeune étourdie diplômée proposer de faire payer un « loyer fictif » aux heureux « propriétaires-épargnants-emprunteurs » parvenus …à se libérer des charges de leur dette ! Voilà une singulière manière d’encourager la construction par l’accession à la propriété. C’est révéler une curieuse conception de l’économie de proclamer que cette mesure serait économiquement neutre, alors que se développe la dépendance et se pose le problème du financement des retraites. Cette idée d’impôt sur la vieillesse appelle à créer un impôt sur la bêtise !

Hier, le changement c’était maintenant. Maintenant il est pour demain. Les discours conjuguent les verbes au futur. La communication et la pédagogie sont devenues les substituts de l’action. La concertation en est le préalable.

Revoici donc le temps des états généraux, remède récurrent des crises financières. Les grands ducs n’ont qu’à bien se tenir. Et à se méfier des effets indésirables !

 

Pierre Auguste

Le 5 septembre 2012

 



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