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Fiscalité. Le glaive et le bouclier

FISCALITÉ. LE GLAIVE ET LE BOUCLIER.


Pour travailler plus, les parlementaires ont droit à une session extraordinaire. Ils auraient pourtant bien besoin de vacances. Le gouvernement aussi.
Semaine après semaine, les uns posent des questions, les autres y répondent à un rythme qui, ailleurs, serait justiciable de poursuites pour harcèlement.
Les fidèles du 15-16 heures des mardi-mercredi-jeudi de France 3 pourraient en témoigner.
La répétitivité de la question sur le bouclier fiscal n’a d’égale que la répétitivité de la réponse dilatoire du gouvernement.
Sans doute les ministres auront-ils des vacances courtes et laborieuses. Ils ont un chef exigeant.
Le ministre de l’Éducation Nationale vous le dira. Une rentrée ça se prépare.
Comme tous les ans, quand tomberont les feuilles bleues de la rentrée, la fiscalité sera à l’ordre du jour. Les ténors d’opposition se feront hisser et bisser sur le bouclier fiscal qui est devenu leur piédestal privilégié.
Nous avons entendu sur cette question des propos qui défient le bon sens et la logique du citoyen moyennement décérébré. (Notons au passage que le mot cérébrer est inconnu des dictionnaires ce qui interdit au citoyen d’être moyennement cérébré !)
Profitons de la trêve pour réfléchir un peu aux deux équipements qui armèrent successivement les combattants, les gladiateurs et certains contribuables.
Une éternelle dialectique oppose le glaive et le bouclier. Mais ce n’est pas le bouclier qui a ouvert les hostilités. La logique, l’histoire et la justice commandent. Le glaive a commencé. Le bouclier est toujours en état de légitime défense.
Tantôt d’estoc, tantôt de taille, le glaive fiscal pique, pourfend, navre, mortifie les contribuables les plus productifs.
Fugaces, agiles, inventifs, évasifs, migrateurs, de gros contribuables se nichent ailleurs, sous des cieux moins prégnants.
Ces fuites appauvrissent l’état qui y perd des moyens d’action. Le bouclier fiscal est censé assurer l’adduction en retour de subsides utiles pour vivre au jour le jour. Plus rarement pour préparer l’avenir.
Mais le principe de non affectation des dépenses aux recettes fait transiter les ressources dans les grands chaudrons budgétaires. L’étiquetage est sur la boîte des médications. Le principe actif ne se retrouve pas forcément dans les pilules.
Le contribuable du secteur marchand soufre de savoir que près de la moitié du produit national est redistribué par le denier du culte social et sociétal. Le contribuable du secteur public soupire de devoir restituer une cote part prélevée sur ses émoluments.
Chacun se plaignant de travailler pour les autres, le bouclier fiscal est censé établir un équilibre en faisant en sorte que nul ne puisse se voir amputer de plus de la moitié de ses revenus.
Une curieuse argumentation se développe entre opposition et majorité.
Les uns appellent cadeaux l’argent que l’on renonce à prélever. Les autres feignent d’ignorer qu’une moitié de gros revenus laisse plus d’aisance qu’une moitié de petits.
Les tenants du pouvoir et les opposants seraient bien inspirés de faire une juste part aux grands boucliers et de faire quelque place aux petits écus.
Il s’agit de contenir la voracité et l’envie en tenant compte de la valeur du travail de chacun et de l’argent qui lui reste après ses dépenses légitimes ou socialement utiles.
Saurons-nous un jour faire en sorte que l’usine à gaz fiscale module les prélèvements en tenant compte de la destination finale des revenus résiduels de chacun ?
Serons-nous un jour capables d’harmoniser notre fiscalité avec celle de nos partenaires et de nos concurrents ?
La réduction de la TVA sur la restauration porterait plutôt à l’optimisme. Mais les délais pour parvenir à un accord autorisent le plus noir pessimisme.
Comme dirait la boulangerie, il y a du pain sur la planche ! Et de la futilité dans le pétrin.

Pierre Auguste

Le 8 juillet 2009



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