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Fiscalité. La mise à plat qui fait pschitt

FISCALITÉ. LA MISE À PLAT QUI FAIT PSCHITT

La gouvernance économique est chaotique. Les alternances en changent le style, le vocabulaire, les champs de prospection, les filons à exploiter. Mais pas le fond des choses. Tous comptes faits et refaits le char de l’état est poussé quand il faudrait le tirer et tiré quand il faudrait le pousser. Tantôt on encourage la production des richesses, tantôt on privilégie leur répartition.

Le résultat global consterne tout le monde. Les classes pauvres, sont toujours plus pauvres, plus nombreuses, plus lourdes à soutenir. Les riches sont toujours plus riches et prennent le large pour le rester. Les classes moyennes sont toujours plus moyennes, plus envieuses, plus renâcleuses à l’idée de devoir enrichir les riches et « supporter » les pauvres. Au fil des siècles s’affrontent le rêve et la réalité Ainsi se perpétue l’objectif d’extinction du paupérisme et s’accroissent les disparités. 

Il y a bien longtemps que la fiscalité a été inventée pour mûrir les grands desseins et bien nourrir ceux qui les portent.

Une ardeur créatrice et une fureur pointilliste animent toujours les dirigeants de tous bords qui se succèdent aux commandes de la machine à ponctionner. La frénésie a atteint le mouvement « bercynien » dont les argentiers comptent et recomptent les pauvres deniers dans le fond des poches qu’ils percent à force de gratter.

Depuis l’antiquité jusqu’à nos jours en passant par nos rois et leurs barons, nos empires et leurs proconsuls, nos républiques et leurs émanations locales, le citoyen a vu défiler bien des appellations des tributs plus ou moins pérennes auxquels il se soumet de plus ou moins bonne grâce. L’impôt sur les vespasiennes survit dans la taxe d’assainissement. Le droit de pulvérage renaît dans l’écotaxe. La gabelle est l’ancêtre de la TVA. La taille est devenue impôt sur le revenu. L’impôt sur les portes et fenêtres a été supplanté par bien des produis dérivés. Les meuniers riraient bien de voir arriver l’impôt sur les rives des rivières dont on menace les riverains. Arrêtons là cet échantillonnage du corpus fiscal dont on pourrait faire tout un dictionnaire.

L’argent n’a pas d’odeur mais il a fort bon goût et ouvre les appétits. Comme la fortune, la fiscalité est aveugle. Elle frappe au hasard des barèmes, des seuils, des niches, des exemptions, des rémissions, des esquives. Pour les fiscalistes, le bonheur est dans l’à-peu-près. Grâce à leurs efforts tout stagnait dans l’économie sauf la dette et les prélèvements obligatoires. Il fallait faire « quelque-chose ». On a fait n’importe quoi.

Une intense fébrilité vient de marquer cette itération de la question fiscale qui anime notre histoire et ranime nos querelles. Tous ceux qui comptent à Bercy et dans nos assemblées se sont mis en quête d’argent frais pour réduire dettes et déficits sans changer nos institutions ni le train de vie de ceux qui les servent. Ou s‘en servent.

La concurrence fait rage en nos têtes pensantes et chercheuses. C’est à qui inventera un nouvel impôt pour abonder le grand chaudron des Danaïdes, à qui proposera une taxe nouvelle pour alimenter quelque caisse spécialisée menacée de ruine.

On dit que l’impôt tue l’impôt alors qu’il est increvable. Mais l’actualité le prouve, il peut subir des dépressions. Plutôt que de remise à plat on ferait mieux de parler de profonde réforme. On voit bien que nos gouvernants n’ont jamais travaillé dans une manufacture de pneumatiques. Chez Michelin on ne parle jamais sans précaution de mise à plat. On s’y sent déshonoré par les remises à plat. On y laisse à d’autres l’usage des onomatopées qui annoncent les manques d’air.

À chacun ses métaphores. Le quidam et les économistes savent qu’il est dangereux de se dégonfler et qu’il est bien singulier de remettre à plat la fiscalité quand on ne songe qu’à l’augmenter. Et qu’en toute logique l’on remet à plat ce qui a d’abord été mis en relief.

Pour la mise en relief de l’incohérence de la fiscalité nous avons été... comblés. Mieux que les déficits.

La remise à plat annoncée est condamnée à l’échec ou à l’abandon. La cohérence aurait voulu que l’on s’appliquât plutôt à simplifier le fameux millefeuille. Et à adapter, au fur et à mesure et à haut débit, ses circuits d’adduction, de stockage et de distribution des liquidités vitales.

Pierre Auguste
Le 18 décembre 2013



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