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Fiscalité. Au pied du mur des doléances

FISCALITÉ. AU PIED DU MUR DES DOLÉANCES


Les indicateurs budgétaires, les balances commerciales, les tableaux de bord, tout annonce depuis longtemps que les affaires publiques vont droit dans le mur.
La valse hésitation du corps de ballet politico-administratif a donné le tournis aux figurants actifs que sont les contribuables.
Il n’est pas nécessaire d’être inspecteur des fiances pour comprendre que notre fiscalité a besoin d’un aggiornamento et non d’ajournements successifs de réformes annoncées.
Ce que l’intelligentzia sait le mieux faire c’est d’énumérer les causes du mal. De donner les raisons de ne rien changer.
Si l’on en croit les experts et les contre experts, les « vieilles » sont mortes ou à bout de souffle, la taxe professionnelle est débile, l’impôt sur les sociétés est inique et contre-productif, la CSG fait des métastases, l’impôt sur le revenu a bien du mal à couvrir les intérêts de la dette, la TVA est immuable et contournée, la fraude fiscale est un sport olympien, la fiscalité du pétrole est condamnée à mort par extinction des ressources. La taxe carbone en gestation est vouée à des usages sans rapport avec les motifs de sa création. Elle est menacée de décroissance en valeur absolue et de croissance en valeur relative !
Les finances de la République ne sont guère plus gaillardes que celles de Louis XVI.
S’il eût assisté au dernier tremblement de terre financier notre roué Voltaire eût répété : « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. »…« Il n’y a qu’à vivre pour voir des prodiges. »
Les choses, les hommes et le monde sont devenus si complexes qu’il va falloir tout compliquer. Cela requalifie les docteurs « es complexité » qui nous ont produit le fatras où nous sommes. On a remis en selle deux illustres inspecteurs des finances, sans doute pour que le peuple soit content d’échapper à leurs propositions. « Le meilleur d’entre-nous » a rendu hommage à la « boule d’intelligence » qu’il commence à comprendre.
Ce réformateur et ce progressiste contrariés ont proposé d’ajouter une assiette en fibre de carbone au sommet de la pile d’assiettes fiscales dépareillées dans lesquelles Dame République goberge les puissants, sert des brouets aux misérables.
Il faudrait ne pas être inspecteur des finances pour jeter à bas et reconstruire ce que tant d’intelligences ont mis tant de temps à intriquer.
Des esprits plus cubiques préconiseraient de casser la pile d’assiettes. Mais il est irréaliste de vouloir renouveler tout le service sans procéder par étapes.
Paris ne s’est pas fait en un jour. Et il ne s’agit pas de Paris, ni de la France, ni même de l’Europe. Il faut compter avec tout le monde et ne pas espérer sortir de nos embarras aux dépens des autres, même s’ils n’y sont pas étrangers.
Une toute première question serait de savoir si, sur le long terme, l’énergie doit prendre le relais des prélèvements qui ont été « imposés » au pétrole. Faut-il rappeler qu’une fiscalité fortement assise sur le pétrole a éveillé les appétits et attisé les prétentions de ceux qui étaient assis sur les réserves ?
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, des chocs ne manqueront pas de se produire sur les énergies de demain comme sur le pétrole.
Ne faut-il pas s’attendre à l’enchérissement des ressources utilisables, des matières fissiles, des combustibles alternatifs, des techniques nouvelles d’extraction et de production, des espaces utilisables ?
Les égoïsmes nationaux, l’égotisme des grands systèmes, la myopie des institutions, les inerties administratives, le manque d’imagination et de culture scientifique de la classe dirigeante, font craindre le pire.
À l’ère de la mondialisation et de la dématérialisation croissante de l’économie, la fiscalité devrait être résolument assise sur les flux financiers. Nous disons bien les flux financiers et non sur les stocks et les patrimoines dans la mesure où ils sont utilisables et mis au service de l’économie.
Ces remarques feront jaser les étourdis, crier les orfraies, hurler les loups, rugir les courtisans du Roi Lion. Car ce serait trop simple de prélever à la source et à moindre coût « dans le courant d’une onde pure ».
Les argentiers-mandarins prétendent faire la mesure commune de toutes choses. Il ne faut pas attendre d’eux qu’ils dévalorisent et jettent aux orties tant de savoirs qu’à si grand peine ils ont accumulés.
En tout système ils accompliront des prodiges pour multiplier, moduler, accroître les taux, entretenir à la baguette le mouvement rotatif perpétuel de multiples assiettes fiscales.
L’anti-fiscalité naît du trouble et de l’incohérence. Celle de haut-vol s’érige en science occulte, celle de la resquille mure portes et fenêtres.

Pierre Auguste

Le 2 septembre 2009




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