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Europe. 3-Les Faux-pas des états désunis

Europe. 3-Les Faux-pas des états désunis

 

L'homme sait qu'il est petit et que l'univers est grand. Il se console en dessinant de grandes perspectives. En veux-tu ? En voilà. Tel est le discours des ambitieux. Mais il est plus facile d'en promettre que d'en donner.

L'Europe a été morcelée par les ambitions malgré les tentatives d'en faire un empire. C'est ainsi qu'elle a vu passer les Romains, Charlemagne, Bonaparte et Hitler. Il lui en est resté quelques républiques, quelques royaumes et quelques plus ou moins grands duchés. Ces brillantes structures et les sinécures qui leur sont attachées ne satisfont pas toutes les ambitions. L'envie, les rêves et les intrigues courtisanes y suppléent.

Les organisations humaines ne peuvent déroger aux lois qui régissent le fonctionnement des systèmes de toutes nature. Tout système qui échappe à ses équilibres constitutifs tend à « partir en butée » vers ses extrêmes. Ainsi en est-il des opinions politiques tant locales, régionales, nationales que mondiales.

Aussi ne faut-il pas s'étonner de voir s'opposer deux conceptions irréductibles de la vie collective. D'un côté, le libéralisme prône l'effacement des états, l'abolition des frontières, la libre circulations des marchandises, des capitaux et des hommes. De l'autre, le dirigisme populo étatique, prône le retour au nationalisme et à l'isolationnisme.

L'observateur effrayé et l'électeur abusé se croient embarqués dans un véhicule autonome qui les menace de quitter la route tantôt par la droite, tantôt par la gauche.

Dans le même temps le copilote charnel tente de reprendre le contrôle. Il n'a pas encore compris qu'en certains sujets ou circonstances, il vaudrait mieux lâcher le volant.

Bien conscient des difficultés de réalisation de leur projet, les pères fondateurs de l'Europe ont voulu commencer par créer la communauté du marché du charbon et de l'acier qui allait entraîner avec elle toute l'économie et serait couronnée à terme par une unité politique.

Le rejet de la tentative d'instauration d'une communauté de défense projeta dans un lointain avenir cette éventualité et la déclassa au rang des utopies

De grands flux et reflux de peuplement ont été produits par la colonisation et la décolonisation. Des migrations inverses ont bousculé les habitudes, les mœurs et les acquis et induit des réactions conservatrices et inhibitrices de toute évolution.

Le citoyen Européen est souvent victime d'une double mystification. Il a d'abord été bercé par les espoirs exagérés par des candidats en quête de mandats électifs. Dans un deuxième temps il a été berné par des élus qui stigmatisaient l'Europe pour lui faire endosser les insuffisances de leur action politique.

C'est ainsi que trois quarts de siècle après le premier pas vers l'unité, de grands faux-pas nous confinent dans une Europe des petits pas et la vouent à la fermeture.

Quand on prend la mesure de la division des peuples en chacun des pays qui la composent, on n'est pas étonné du désaccord de tout ou partie des pays Européens sur les sujets sensibles comme la sécurité, la défense, l'immigration, la fiscalité, les échanges commerciaux, les contributions budgétaires, la répartition des aides. L'unanimité est rare car l'histoire et la géographie commandent. Chaque pays veille sur ses intérêts, cherche à profiter des avantages de la participation à l'union et à se soustraire aux inconvénients.

Les ententes partielles entre les états, les coalitions de représentations partisanes finissent souvent par s'effacer devant les intérêts nationaux. La sortie des britanniques et et la montée d'autres divergences internes font craindre des difficultés nouvelles qui ne pourront être surmontées ni par l'affaiblissement ni par le durcissement des postures.

Et comme si toutes ces forces centrifuges ne suffisaient pas, vient s'ajouter la volonté farouche, cyniquement annoncée par des pays tiers, de détruire ce qui a si difficilement été institué.

Tout bien considéré, en démocratie, le peuple est souverain et responsable de ses votes.

Et ses élus sont coupables de leurs tromperies et de leurs faux-pas.

La prochaine échéance électorale s'annonce. Elle sera Européenne et engagera notre avenir. Bon ou mauvais, notre destin sera ce que le peuple en fera.

 

Pierre Auguste

Le 20 octobre 2018

 



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