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Énergie électrique. Non aux réseaux zozos.

Énergie électrique. Non aux réseaux zozos.

 

Ce n'est pas pour me vanter ni pour me distinguer mais je ne fais rien comme tout le monde. Cet été, quand on ne parlait que de canicule et de surchauffe climatique, j'ai appelé ici à prendre garde au froid. Des savants ne nous disent-ils pas que l'homme de Neandertal aurait disparu, privé de gibier par une longue vague de froid ?

À mon âge on ne se se refait pas. De toutes les spécialités que ma formation et mon métier m'ont donné de pratiquer, c'est l'électricité qui m'a le plus ...galvanisé.

Au moment où tout le monde tirait à boulets rouges sur la SNCF pour les perturbations des départs en vacances, j'ai été saisi par l'envie de crier que l'on ferait mieux de s'intéresser au réseau électrique.

Il a suffi d'un incendie en un point névralgique, dont nul voyageur ne connaissait l'existence, pour mettre hors service un quart de notre réseau ferré.

J'y vois une mise en garde de Zeus adressée à ses héritiers, dont la vigilance a été prise en défaut. Il semble en effet que Jupiter ait un instant perdu la maîtrise de la foudre qui est pourtant l'une de ses missions électriciennes. Il en brandit l'attribut au-dessus des têtes pour susciter l'admiration et la soumission des foules.

Nous verrons ce qui sortira de l'enquête que tout responsable de système complexe se doit de conduire après chaque incident.

Mais il n'est jamais trop tôt pour s'interroger sur les fondements techniques des systèmes sur lesquels l'humanité organise sa vie et en accepte, sans bien les connaître, les risques, les contraintes, les dépendances.

Notre réseau électrique est sans doute l'un des systèmes les plus vitaux, les plus complexes, les plus mal connus, les plus controversés de notre société technicienne hors de laquelle nous ne saurions plus vivre.

Chacun est habitué à brancher en toute simplicité sur une même prise, séparément ou simultanément, divers objets usuels sans se soucier de quelque compatibilité que ce soit.

Il n'en est pas de même pour ceux qui ont la charge de la de production et de la distribution.

Pour percevoir la complexité du problème et couper court au flot d'absurdités débitées sur ce sujet, il serait utile que tout citoyen s'intéresse quelques instants aux conditions physiques à réunir pour coupler deux alternateurs.

Pour éviter de perdre du temps dans les recherches, nous recommanderons à chacun de parcourir le texte accessible sur internet par ce lien : http://educypedia.karadimov.info/library/coupla1.pdf

Comprenne qui pourra. Que l'on se rassure, il n'y aura pas d'interrogation écrite !

Il faut d'abord prendre conscience que coupler deux générateurs de courant alternatif n'est pas une opération simple et dénuée de dangers.

Dans un deuxième temps, il faut admettre que ce n'est là qu'une première marche d'une longue ascension vers la complexité d'un réseau moderne dont les caractéristiques  propres à le rendre gouvernable et sûr imposent circonspection et mesure :

Investissement dans les étude de nouvelles sources massives de production, notamment nucléaires, et de nouveaux modes de stockage de l'énergie ;

Exclusion du gigantisme fonctionnel qui, par le jeu des probabilités composées, peut obérer la fiabilité et la disponibilité de l'ensemble du réseau ;

Développement de redondances pour assurer la « gouvernabilité » du système ;

Prudence envers l'extension géographique qui, dans un monde troublé, risque d'accroître les vulnérabilités ;

Modération de la diversité des matériels, des logiciels, des structures opérationnelles, organiques et technologiques dont la multiplication réduit la perceptibilité des altérations, complique la mise en œuvre et la maintenance. Quand les producteurs en grand nombre s'effaceront à volonté, rien ne sera prévisible, rien ne sera programmable ;

Prévention des blocages auxquels sont exposés les systèmes largement informatisés et automatisés durant lesquels chaque sous-système attend des informations d'un autre sous-système avant de reprendre son fonctionnement. Les informaticiens américains appellent « Dead Lock » ce phénomènes plus joliment nommé chez-nous « Étreinte Fatale ».

La constitution d'un réseau de production et de distribution d'électricité est d'abord un problème scientifique et technique.

Le problème politique est de mettre l'outrecuidance en sourdine. Et de mettre hors de position de décider les Zozos doctrinaires et les incultes scientifiques.

 

Pierre Auguste

Le 12 décembre 2018

 

 



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