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ÉDUCATION. Le Galimatias nouveau est annoncé.

 

En mon tout jeune âge, j'ai été bercé par la langue occitane. Elle était très riche pour dire un mot gentil, intimer les rappels à l'ordre, assener quelque plaisanterie. Mes vieux instituteurs, qui étaient disciplinés m'ont appris le français. Ils châtiaient le langage en cultivant ce qu'il y avait de fructueux dans le parler alors frappé d'indignité officielle.

En ce début de siècle vingt-et-un, les douces mères de notre douce France ne savent plus très bien quelle langue elles doivent parler, entendre, écrire, lire, appendre à leurs enfants.


 

La langue maternelle est à jamais perdue dans nos tours de Babel où de nouveaux « patois » se sont arrogé droit de cité. Appeler richesse ce qui peut-être diverse pauvreté, n'est pas un brevet d'excellence.

Nos bien-pensants et bien-parlants semblent avoir oublier que la constitution précise que le Français est la langue de la République Française et que l'ordonnance de Villers-Cotterêts, jamais abrogée, stipule en son article 111

« Et pour ce que telles choses sont souvent advenues sur l'intelligence des mots latins contenus dans lesdits arrêts, nous voulons dorénavant que tous arrêts, ensemble toutes autres procédures, soit de nos cours souveraines et autres subalternes et inférieures, soit de registres, enquêtes, contrats, commissions, sentences, testaments, et autres quelconques actes et exploits de justice, ou qui en dépendent, soient prononcés, enregistrés et délivrés aux parties, en langage maternel et non autrement ».

Nul ne sait très bien quel était le langage maternel de François Premier, né à Cognac en Languedoc, dont la mère était Louise de Savoie et qui fut élevé à Amboise ! On peut lire sur Internet que la fameuse ordonnance « est rédigée en « un moyen français » entre le « françois » du roi et la langue vulgaire locale. »

« Sous François Ier, le français devient langue du droit, du sacré, des lettres et des sciences, aux dépens du latin. »

« Rien ne prédestinait l'idiome d'une poignée d'habitants d'Île-de-France à devenir la langue commune de la nation. En 1539, l'ordonnance royale de Villers-Cotterêts donne au français un pouvoir décisif. Mais l'unité linguistique prendra des siècles »

Exit le latin. Il nous en reste quelques bribes bien conservées en leur état originel. Mais il en subsiste des monceaux dans les racines de nos mots.

La troisième république fut quelque peu autoritaire et même répressive pour éradiquer les langues régionales. J'ai connu quelques Bretons qui restaient traumatisés d'avoir voyagé en leur jeune âge dans des autobus portant une affichette qui interdisait de « parler breton et de cracher ».

La langue d'Oc fut traitée avec intelligence délicatesse par les instituteurs enfants du terroir. Par des comparaisons et des citations ils savaient développer un certain goût du bilinguisme, éclairer quelque peu le sens de nombreux mots du vieux français, mettre en valeur la richesse du vocabulaire occitan ou français, expliquer autrement « par l'oreille », l'orthographe de certains mots ou certains canons abscons de la grammaire française. C'est ainsi que je suis devenu « incollable » sur l'application des règles d'accord du participe passé !

Des nostalgiques militent pour restaurer l'enseignement et la pratiques de leur langue régionale. Un tel projet paraît peu opportun pour un pays menacé de division qui a déjà bien du mal à enseigner son unique langue nationale.

Cette ambition passéiste devient résolument utopique quand il est proposé que tout le corpus législatif, réglementaire et procédural soit bilingue. Comment pourrait-on constituer à bref délai un corps professoral, un corps administratif et un corps de traducteurs compétents en toutes matières et assignés à leur région durant toute leur carrière ?

Peut-être en viendrait-on à plus de réalisme si les surcoûts correspondants devaient être assumés par le budget et un impôt régionaux !

Quelle preuve d'ignorance de ne pas savoir, par exemple, que l'occitan n'était pas unitaire ! Il pouvait différer entre les deux rives d'une même rivière. Il constituait dans la moitié sud de la France un assemblage d'une multitude de variantes auxquelles les habitants de chaque parcelle du terroir étaient attachés.

L'absurdité de ce rêve d'un autre temps apparaît flagrante quand on songe à la diversité des peuplements régionaux induite en deux siècles par l'exode rural, par les vagues de l'immigration d'origine mondiale et par les migrations internes vers les grandes métropoles, vers les frontières, vers les côtes, vers le soleil.

Dis-nous arrière-grand-mère ! D'où venais-tu ? Où as-tu posé ton baluchon ?

Et, my god ! que dire de cette foucade de nos élites de coller partout des anglicismes et des américanismes de bon ton ?

Que sont devenus les accents ? Allez donc apprendre à rouler les R à un petit citadin d'aujourd'hui !

Si l'on pouvait organiser une conversation entre quelque néophyte d'un parler ancien et l'un de ses ancêtres, ils ne se comprendraient pas. L'accent tonique, le débit et le vocabulaire ne sont plus ce qu'ils furent. In fine, ironie du progrès, la mode de la désarticulation de la phonation a mis à mal l'intelligibilité du langage articulé lequel est pourtant considéré comme l'un des facteurs essentiel de l'émergence de l'espèce humaine !

Al ribeire lous amics amai lous efonts. Aparem nostro lengo mairalo, mès rasounaplamen !

 

Pierre Auguste

Le 11 mars 2020

 

 

 


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