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Économie. Le fonctionnement en mode dégradé

Économie. Le fonctionnement en mode dégradé

 

Faut-il le démontrer ? Les doctrinaires semblent l'oublier. Nous vivons dans un monde dangereux.

Nos dirigeants croient tout savoir. Ils sont nombreux à n'avoir vécu que les temps heureux d'une jeunesse protégée. Presque tous sont imbus de quelque doctrine qui inspire leur vie et par laquelle ils veulent faire le bonheur des autres.

L'économie est trop évolutive pour être appréhendée par des doctrines qui ne sont guère que des assemblages de pensées figées, enregistrées dans les mémoires humaines comme sur des supports magnétiques, et restituables à tout propos, à haut débit.

Nous voyons pourtant plus que jamais s'opposer les thuriféraires du libéralisme et les prêcheurs du dirigisme. Ils balancent leurs encensoirs pour enfumer les citoyens en leur promettant sur la terre les félicités ou les foudres du ciel.

Pour les uns, l'ouverture des frontières, les échanges, la liberté d'entreprise et la concurrence sont sources et garanties de prospérité.

Pour les autres la gouvernance par actes et lois, l'administration des faits, la définition et le contrôle de règles sont nécessaires pour promouvoir une économie adaptée aux besoins calibrés d'une société, planifiée, solidaire, égalitaire, autoritaire, policée.

Quiconque a un peu vécu a pu observer que le libéralisme se garde bien de trop embrasser et que le dirigisme est impropre à tout bien étreindre.

Les citoyens, et les dirigeants qu'ils élisent, devraient se garder du dirigisme comme de la peste et se méfier du libéralisme comme du choléra.

En notre beau pays, nul n'accepte de recevoir de leçons et les doctrinaires s'obstinent à en donner qui sont inappropriées à la diversité des attentes de la société.

L'économie est certes soumise à de fortes variabilités psychologiques et sociologiques. Elle a aussi de nombreuses caractéristiques d'une « science dure » qui ne sauraient justifier de l'exclure de toute rationalité.

On peut s'étonner que les grands gouverneurs de notre économie se complaisent en leurs routines et ne songent pas à s'inspirer des concepts et méthodes qui ont engendré l'excellence et la sûreté des industries aérospatiales et des transports aériens. La qualité des résultats qui y sont obtenus par la fiabilité des composants, la redondance des équipements, la perceptibilité, des altérations, le dénombrement et la définition précise des modes de défaillance, la description des interventions propres à les prévenir ou à les corriger, la définition des cas admissibles de fonctionnement en modes dégradés.

Ces quelques principes pourraient utilement être étendus et adaptés à de nombreuses activités économiques.

C'est ainsi que l'économie ne devrait plus se limiter à l'exploration du passé par l'examen de statistiques toujours dépassées. Elle devrait se projeter dans l'avenir par le développement de la fiabilité des productions, par la redondance des sources d'approvisionnement, par la perceptibilité des situations de pénurie, par la prédétermination des sources et solutions alternatives ou palliatives, par la réciprocité des dépendances, par la codification de fonctionnements en modes dégradés.

Le monde est dangereux par nature. Chaque pays est menacé de mesures de rétorsion économiques telles que les embargos, les droits de douane prohibitifs et punitifs, les dénonciations de traités . Ce n'est pas par le seul libéralisme que l'on pourra conserver des capacités minimales de production pour des produits vitaux ou stratégiques.

L'expérience montre que le dirigisme peut obtenir d'excellents résultats dans le développement des grands projets hors de portée de l'initiative privée mais ne saurait avoir l'exclusivité de l'innovation en tous domaines.

Les pouvoirs publics devraient s'attacher à maintenir sur le territoire national un certain nombre d'activités et de formation destinées à donner du travail et des moyens d'existence à la frange des individus hors de capacité de trouver place dans un marché du travail, local, régional, national ou international fortement concurrentiel.

L'économie a besoin d'idées directrices diverses et non de monolithisme doctrinal.

 

Pierre Auguste

Le 21 novembre 2018

 

 

 

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