Enligne : Editos

Économie. Du Totalitarisme au Tarissement

ÉCONOMIE. DU TOTALITARISME AU TARISSEMENT

En regardant s’agiter, et en écoutant ces gens qui nous gouvernent, le citoyen de moyenne cérébralité est saisi d’effroi. L’une de ses lancinantes questions reste sans réponse : Où nous conduisent-ils donc ces étourdis ? Mais « la question ne sera pas posée ». Nobody n’ose car les acquis sont précaires. Même pour la classe pensante.

Dans notre chronique, nous nous obstinons à enrichir l’inventaire toujours ouvert des contradictions, des contresens, des contrevérités, des contretemps, des contrariétés, des controverses, dont nous abreuve la classe politique. Alternances, coalitions et cohabitations n’y changent pas grand-chose car concurrents et adversaires trouvent toujours des arrangements doctrinaux ou circonstanciels entre frères, cousins et copains.

Selon toute probabilité, sur le long terme, le prélèvement fiscal à la source du revenu abondera moins les budgets publics que l’inventaire des incohérences de la gouvernance.

Nul n’est besoin d’être fiscaliste pour savoir que notre fiscalité est une usine à gaz. Ni d’être économiste pour subodorer qu’en greffant une usine à gaz sur une usine à gaz le résultat ressemblera plus à une usine à gaz qu’à l’adduction d’eau qu’en toute logique devrait constituer un prélèvement…à la source.

Même les béotiens savent que notre fiscalité a été rendue complexe pour modérer les conséquences de sa congénitale et bestiale brutalité.

C’est ainsi que s’accumulent crédits d’impôts, dérogations, déductions, allègements et autres niches … et par cela que vit la masse des fonctionnaires et des conseillers fiscaux.

On s’étonne de voir les contribuables les plus malins jouer au plus malin avec les plus malins du fisc. Dans leur précipitation, nos anges réformateurs oublient que le diable est dans les détails et que l’enfer est pavé de bonnes intentions.

Le prélèvement à la source ne pourra échapper à la complexité sur laquelle on prétend l’asseoir. Les employeurs, qui déjà n’étaient pas bien dans leur assiette, voient avec inquiétude le fisc continuer sa lente et séculaire pénétration de l’économie et des entreprises.

La guerre des taux fera rage. Les crédits d’impôts traîneront dans les tiroirs pendant qu’un nombre croissant de leurs titulaires multiplieront leurs sources de revenus, changeront d’adresse et/ou d’entreprise. Cela promet de belles chasses à courre. Les taux de prélèvement seront secrets. Et mon œil ! Et mon bouche à oreille ! En notre pays et en notre régime qui prônent la transparence, il n’y a de secrets que de Polichinelle.

Chacun pourra choisir son taux.

On voit mal comment pourront s’accommoder de cette complication de la gestion les grandes administrations. « Songe, songe, Céphise, à cette nuit cruelle » qui devra occulter les revenus ou au contraire souligner les revenus complémentaires de personnels déjà bien rémunérés pour autre chose ! Cumulards, je vous hais ! Familles, je vous plains !

On voit mal comment les petites structures pourraient préfinancer des prélèvements à taux majorés pour des revenus qui leur sont étrangers. Comment pourraient-elles échapper à la tentation d’intervenir dans les choix individuels de taux qui engagent leur « trésorerie », ce bien grand mot désignant souvent un néant.

On voit mal comment la pratique des prélèvements et les finalités de la fiscalité pourraient être dissociées et réformées l’une sans les autres.

Faisons un pari. Pour tenter de conduire cette réforme à bonne fin, l’infusoire fiscal cherchera à s’insinuer partout jusque dans les familles, via le patronat. Il en résultera un totalitarisme de la même essence que celui qui provoqua la décadence des feues démocraties populaires. Pour enrichir leurs très riches heures, prévenir les rébellions, plus embrasser pour tout étreindre, les Ducs de Bercy ne tarderont pas à détacher des commissaires fiscaux qui marqueront à la culotte les chefs d’entreprise, les directeurs financiers, les directeurs des ressources humaines, les petits patrons.

En sa cour de jeunes apprentis sourciers, le Roi Ubu est grand ordonnateur du tarissement des sources et des assèchements. Il est urgent de le recycler en hydrologie.

Pierre Auguste
Le 12 octobre 2016



8415