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Dépendance.3/4 Le partage des responsabilités

Dépendance.3/4 Le partage des responsabilités

La nouvelle génération de nos dirigeants était frappée par le mal du jeunisme conquérant. Il semblait que seule sa propre vieillesse puisse l'en guérir. Elle avait pris le pli de bouter le feu aux esprits en lançant des idées en l'air, un peu à l'étourdie. Elle débattait ensuite sur les mérites respectifs des extincteurs cependant que quelque sinistre faisait rage quelque part.

Il n'est pas dans mon intention de reprocher aux jeunes de ne pas être vieux. Mais je crois utile de les mettre en garde contre les aveuglements que sait produire la ségrégation par les âges.

Il semble que la démographie commence à alarmer jeunes et vieux et que les réalités fassent pénétrer un peu de plomb fondu dans les têtes folles qui ne blanchissent jamais. Les immatures finiront par admettre qu'il ne faut pas jouer avec le feu ni avec sa santé pour ne pas périr corps, biens et esprit, dans le brasier du grand âge. Il reste à la société de décider jusqu'à quel point elle veut encore des cendres.

Après avoir constaté que le traitement collectif du grand âge est quelque peu défaillant, on nous annonce le développement du maintien à domicile.

Les économistes sont enclins à calculer ce que valent les choses. Ils ne semblent pas encore avoir bien mesuré le coût de la dépendance, tant en travail qu'en espèces, pour l'individu lui même, pour ses proches, pour la collectivité.

Le conservateur-révolutionnaire que je suis se plaît à dénoncer notre vieille conception de la solidarité. Elle m'apparaît toujours plus démobilisatrice, incapable d'appréhender l'avenir, prétexte des pires atermoiements, source inépuisable de désaccords.

Au nombre des contradictions il faut ajouter celle qui consiste à vouloir, au nom du primat de l'individu, à attendre tout de la société et, au nom du primat de la société, à asservir tous les individus.

Le temps me paraît venu d'abandonner le jeu de mistigri et la pratique de la défausse. Car c'est ainsi qu'en fin de compte on appauvrit et mécontente tout le monde

Le premier niveau de la solidarité devrait être celui de la solidarité de l'individu avec lui-même. Entendez par là que le jeune d'aujourd'hui doit être tenu pour responsable du devenir du vieil humain qu'il sera demain.

Il faut d'abord sérieusement penser à l'humoriste Alphonse Allais selon lequel « Il faut prendre l'argent là où il se trouve : chez les pauvres. D'accord ils n'en ont pas beaucoup, mais ils sont si nombreux !

Il faut en conséquence cesser d'appauvrir la classe moyenne et lui épargner de venir « abonder » le nombre de pauvres.

Je serais plutôt partisan de réhabiliter François Guizot (1787-1874) et sa célèbre formule plus ou moins déformée pour mieux la frapper par le sceau de l'infamie : « Enrichissez-vous par le travail et par l'épargne ».

Le deuxième niveau de la solidarité est celui de la famille. Mais force est de constater que les mœurs, la dépendance des personnes âgée et les pratiques matrimoniales ont fait l'objet d'une importante mutation que le législateur a entérinée au coup par coup par un suivisme quelque peu démagogique et irresponsable.

Et voilà qu'après avoir mis à mal les familles on envisage de leur confier des responsabilités dont elles se sont subrepticement affranchies.

Il est bien tard pour réaliser qu'une partie de la charge incombe désormais à l'état. Et il paraît urgent de bien définir ce qui ressortit de l'état central et des divers éléments du mille-feuille qu'il a cru bon d'établir.

Certes la famille a encore de beaux restes que l'état peut encourager. Mais il faut bien admettre qu'aujourd'hui on se marie moins, on se pacse ou concubine pour le meilleur, on se retire sans regret quand vient le pire.

Et ce n'est pas demain que tous les « ex » voudront se donner la main pour venir en aide à tous les « ex » en difficulté.

Il reste deux niveaux d'intervenants qu'il ne faut pas minimiser tant pour le nombre et la qualité de leurs prestations aux personnes âgées que pour les difficultés auxquelles ils sont confrontés. C'est celui des structures commerciales et des structures associatives.

L'état a fort à faire pour les rendre financièrement abordables et techniquement viables.

La révolution à faire en tous domaines doit commencer dans les esprits.

Mais les esprits ont leurs lourdeurs et les grandes masses leur inertie.

 

Pierre Auguste

Le 10 juillet 2019

 

À suivre.

 

 



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