Enligne : Editos

De crise en crise, la voilà la jolie crise

DE CRISE EN CRISE, LA VOILÀ LA JOLIE CRISE

Les politiciens se suivent et ne se dissemblent pas. Tous promettent de nous sortir de la crise. C’est vouloir arrêter vagues et marées.

Des crises et des promesses, en veux-tu ? En voilà !

Depuis la nuit des temps, l’homme cherche à compenser par les échanges les pénuries que par la cueillette et la production il ne peut éliminer. Le troc ne pouvant pourvoir à tous les besoins, la monnaie apparut sous diverses formes, fut vite traitée comme une marchandise et ne put échapper aux pénuries.

Notre histoire nationale a été marquée par la récurrence de la crise financière. Qu’il fût royal, impérial ou républicain le pouvoir chez-nous n’eut jamais assez d’argent pour financer ses fastes, ses guerres, ses ambitions territoriales, ses bonnes intentions envers le peuple. L’inflation fiscale et la dévaluation de la monnaie furent à la fois les premières conséquences de la boulimie et l’inspiration des mesures palliatives.

Le lycéen moyen lycéen sait que ce fut là l’une des causes majeures de la révolution de 1789. Le lycéen devenu citoyen découvre peu à peu la panacée de sortie de crise par la réforme fiscale. Mais peut-être ignore-t-il cette plaisante phrase d’Edgar Faure. (1908-1988) : « La réforme fiscale, c’est quand vous promettez de réduire les impôts sur les choses qui étaient taxées depuis longtemps et que vous en créez de nouveaux sur celles qui ne l’étaient pas encore. »

Les crises monétaires n’eurent pas besoin de notre moderne mondialisation pour se mondialiser et pour se répercuter dans l’économie réelle. Les crises financières et les crises économiques ont toujours été consubstantielles et à la fois causes et conséquences les unes des autres. Le monde est désormais ouvert et en croissance démographique. La société est en voie de complexification. Les peuples aspirent à l’équité économique et au progrès social. La liberté de circulation des idées, des hommes, des capitaux et des marchandises génère des tensions, des conflits, des migrations, que nulle autorité, nulle organisation ne peuvent maîtriser.

Quelle soit politique ou sociale, gouvernementale ou non, professionnelle ou syndicale, toute institution ou organisation, est susceptible d’être victime ou cause d’une crise. Qu’elle soit locale, sectorielle, ou conjoncturelle, économique ou sociale, toute crise tend à se généraliser, se financiariser, se politiser. Les macro-économistes, grands créateurs d’agrégats et de synthèses, sont habiles à trouver des caractères communs à toutes les crises. Ils observent que la plupart surgissent sans que les vigiles patentés les voient venir, sans que les Cassandres qui les annonçaient aient été entendues.

Les historiens nous disent que les crises économiques surviennent après une période de prospérité. C’est en quelque sorte une extension à la santé économique de ce que le Docteur Knock disait de la santé humaine. « La santé est un état précaire qui ne présage rien de bon. » (Jules Romains 1885-1972.)

La crise résulte souvent d’une surproduction, d’une spéculation, de la généralisation d’un comportement non généralisable. (Crise de la tulipe en Hollande de 1637, crise de la vigne languedocienne de 1907, crise de 1929, crise des « subprimes » et de leur dilution dans des « emprunts toxiques » de 2008. )

Certes les mécanismes et les enchaînements des causes sont apparentés : baisse de la demande, diminution du chiffre d’affaire et des profits, augmentation des coûts et des prix, perte de compétitivité, réduction du recrutement, licenciements, accroissement du chômage, mimétisme des comportements, engagement dans des cercles vicieux qui conduisent à la chute des entrées fiscales, … Mais chaque crise vient en son temps et se développe selon des caractéristiques et une dynamique qui lui sont propres. Les seuils d’apparition des interactions récessives, du surgissement de goulets d’étranglement de la production, de l’installation de l’irréversibilité des situations, varient selon les secteurs, selon la qualité du management, selon la conjoncture.

L’interventionnisme à contretemps des pouvoirs publics, les revendications syndicales à contrecourant, la perte de confiance des décideurs, bloquent toutes issues. Comme disait Edgar, ce vieux routard : « L’immobilisme est en marche et rien ne peut l’arrêter. »

Pierre Auguste
Le 11 mars 2015



11092