Enligne : Editos

Choc de complexité

CHOC DE COMPLEXITÉ

C’est une fatalité. Les hommes politiques font souvent le contraire de ce qu’ils croient faire. Leurs résultats sont toujours différents de ceux qu’ils avaient annoncés.

On nous a promis un choc de simplification. Nous voilà donc sous les coups d’un choc de complication.

Chez-nous la complication est congénitale et consubstantielle à l’intelligence que le monde entier nous envie.

Les intelligents qui nous gouvernent veulent traiter des situations et des objets à hauteur de leurs talents qui sont immenses. Pour se mettre en valeur, ils s’ingénient à tout compliquer comme en témoignent l’obésité et les boiteries de nos institutions.

Le code civil a pris du poids. Il s’est essoufflé à suivre les évolutions sociétales. Le code du travail a été mis en surcharge pondérale par la pression syndicale. Les normes ont été engraissées par leurs mille bouches gavées par mille mamelles nationales, européennes et mondiales.

Les gouvernements sont repus, saturés par les tâches induites par leurs promesses. Les législateurs se perdent dans les arcanes de leurs productions. Malgré sa boulimie de moyens, l’administration n’arrive pas à absorber le haut débit réglementaire imposé par l’évolution de la société. Les tuyauteries d’exécution et de contrôle régurgitent. Finalement, par un étrange paradoxe, la République est devenue anorexique.

Il lui faudrait pourtant une cure d’amaigrissement de ses institutions. Le syndrome de la mesure prise est si inquiétant qu’on vient de nous promettre un choc de simplification.

On en voit les premiers résultats dans la politique fiscale !

Les plafonds, les seuils, les échelles, les degrés, les quotas, les décotes, les assiettes, se concoctent et se multiplient dans le château des Ducs de Bercy qui rêvent de recouvrer le temps de leurs très riches heures. Le recouvrement de l’impôt est devenu grande cause nationale. Et la cause de grognements et autres vulgarités d’un peuple fort mal élevé.

Nul ne peut trouver un chemin s’il n’est expert, ou assez riche pour s’attacher les services d’un expert, ou assez débile pour être mis sous tutelle par « ceux qui savent ».

Nous vivons sous un régime en principe démocratique. Mais dans la pratique les lois et leur exécution y sont dans les mains d’une élite plurielle qui tire sa force relative de la complexité. La compréhension et la maîtrise du jeu sont hors de portée des gens de moindre culture ou de culture différente. Ainsi la richesse monte vers les riches comme un ludion. Et la pauvreté descend vers les pauvres comme une bille au fond d’un bol.

Ceux qui ont tout appris dans les livres et dans les meilleures écoles seraient bien incapable de vivre sans les apports de ceux qui connaissent les réalités sur le bout des doigts. Par qui souhaiteriez-vous être accompagné si vous deviez aller vivre sur une île déserte ?

Au moment où s’engagent les commémorations de la Grande Guerre il sera profitable à tous de (re)lire les souvenirs de guerre d’Alain. (1868-1951). Il y rend hommage aux « gens de peu » comme ce brave soldat qui n’avait pas son pareil pour blanchir un mouchoir dans l’eau d’un trou d’obus. Il y épingle quelque peu les élites incapables de formuler une idée. Cela donnera l’occasion de se poser la question de savoir ce qu’aurait pu dire Alain de nos valeureux cadres issus de notre belle école d’administration créée en 1945 pour le grand bien futur de la république.

Faisons un pronostic : le choc de simplification va se faire attendre car la complexité assoit le pouvoir de ceux qui ne sont pas prêts à abolir leurs privilèges. 

Celui qui fut notre premier président de la république et notre deuxième empereur avait promis l’extinction du paupérisme. Un siècle et demi plus tard nous ne sommes guère plus avancés. Il reste au citoyen une voie pour sortir de la pauvreté. C’est peut être la seule :
Devenir assez intelligent pour s’instruire et s’instruire assez pour devenir plus intelligent.

Ce n’est pas compliqué. C’est à chacun d’en assurer son propre ministère.

Vaste programme ! Qui passe bien au-dessus de nos prétendues fortes têtes.

Pierre Auguste
Le 11 décembre 2013



17344