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Ascenseurs Pour Les Châteaux

ASCENSEURS POUR LES CHÂTEAUX

 

Nous savions depuis longtemps que l'homme est inénarrable et passe son temps à se raconter. C'est un roseau pensant. Il ne sait pas s'il doit être ou ne pas être. Il est un animal grégaire. Il est ondoyant, divers et contradictoire. Chaque jour nous en apprenons de belles sur son compte. Voici venu le temps des receleurs et des harceleurs.

Si l'homme a le bonheur d'être Français, il proclame sans désemparer son mépris pour l'argent. S'il est pauvre, il cultive en secret le rêve d'être riche. S'il est riche il s'applique d'abord à ne pas s'appauvrir et à s'enrichir encore.

De quelque sexe qu'il soit, l'homme politique est en quelque sorte un distillat de tout cela, une huile essentielle. Pour notre malheur, il s'est mis en tête de prendre en mains les robinets par lesquels il promet et n'espère guère obtenir l'extinction du paupérisme. C'est son premier président, devenu empereur, qui a lancé l'idée de faire de la lance à incendie le fer de lance de la République sociale ! C'est ainsi que l'adduction de capitaux est devenue notre grand et insoluble problème.

« Que d'eau ! Que d'eau » se serait écrié devant une inondation un autre futur président de la république, alors préfet. « Et encore, Monsieur le Maréchal, vous ne voyez que le dessus » ajoutèrent des plaisantins. C'était en des temps où il n'était pas nécessaire de dépêcher un président et trois ministres pour dire à peu près la même chose, ni des hordes de journalistes pour en faire l'exégèse.

Bien de l'eau depuis, a coulé sous nos ponts. L'analogie hydraulique et financière est maintenant ancrée quai de Bercy avec le souvenir du vin et le présent des impôts, de la dette, des liquidités financières.

Les grands communiquent à grand bruit sur le mode démocratique. Ils sont discrets sur les concepts financiers par lesquels ils imbibent nos têtes gauloises.

En notre cap ouest-européen, nous affectons d'abhorrer l'argent mais en secret nous adorons les capitaux. Nous haïssons les riches de chez-nous mais nous courtisons les investisseurs. Nous tolérons pourtant les riches, surtout quand ils sont étrangers.

Par la fiscalité, nous avons mis un frein à l'ascenseur social pour n'avoir pas trop de riches. Par l'ouverture des frontières nous exportons des riches. Par insuffisance de contrôle nous importons des pauvres venus d'autres temps et d'autres cultures, dont chaque apport annuel prolonge d'un an le siècle durant lequel nous espérions éteindre le paupérisme.

Par charité bien ordonnée, les grandes agglomérations exilent les classes moyennes pour faire large place à la classe dirigeante dans les beaux quartiers et installer, non trop loin et à l'étroit, ses serviteurs dans des espaces sociaux.

Certes on peut observer des progressions fulgurantes dans des familles d'origine modeste. Mais on ne peut dénier que le processus soit souvent lent et doive être évalué sur plusieurs générations.

Il faut que l'homme ait longtemps vécu pour constater que la promotion sociale est l'aboutissement d'une acculturation qui requiert une communauté d'objectifs et d'efforts du système d'enseignement, de la famille, et de l'individu lui-même.

Par le manque de réalisme des objectifs et par la diminution du sens de l'effort, chacun de ces trois niveaux contribue à mettre en panne l'ascenseur social. Mais sans négliger de perfectionner l'ascenseur vers les châteaux.

Afin de parfaire le processus d'exclusion par le chômage, l'homme politique a toujours quelque fer au feu de la communication prêt à freiner les embauches.

Le corps à corps qui confronte syndicats, patronat, banques et pouvoirs publics a engendré au cours des âges un système de seuils de toutes sortes d'une rare efficacité pour inhiber la croissance des entreprises et interdire les recrutements qui auraient pu en découler. L'ascenseur social a été remplacé par un escalier à volées irrégulières. Avec péage à tous les étages !

Un peu lasses des sciences et techniques, les écoles d'ingénieurs se sont piquées de brûler des étapes faisant virer leur enseignement vers le management et la finance.

C'est ainsi qu'au bout du compte l'action collective a amenuisé l'industrie et s'est liguée de fait contre les individus ignorants et inorganisés.

Ô diable d'homme ! C'est toi qui fais le malheur des pauvres diables.

Pierre Auguste

Le 20 décembre 2017

 



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